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CIRCÉ, ACTE I, SCÈNE IV

Je le Terrai sans en être jaloux.

Au moins ce me sera quelque chose de doux, Que mon malheur au plus haut rang vous porte,

El ma douleur sera moins forte

Par Tavantage de Tépoux.

SYLLA

Prince, Tambition ne règle point ma flamme;

Et si j'avais encore à choisir un amant,

Je ne m'attacherais qu'au seul empressement,

Lui seul pourrait tout sur mon âme. Ainsi, tout dieu qu'il est, si Glaucus écouté De mon cœur se rendait le maître, Ce serait moins par sa divinité Que par l'amour qu'il me ferait paraître.

GLAUCUS

Quoi, d'un dieu pour époux faire si peu de cas. Qu'un mortel lui soit préférable?

SYLLA

C'est à force d'aimer que Ton se rend aimable; Et je ne me figure pas Que d'un amour solide et stable Un dieu chérisse assez l'appas.

Pour en être longtemps capable.

GLAUCUS

C'est mal juger des dieux, qu^avoir ce sentiment.

8YLLA.

Leur flamme est sitôt amortie, Qu*on les peut croire tous portés au changement. Le Soleil n'a-t-H pas abandonné Clitie,

Lui qui semblait l'aimer si tendrement?

Croyez-moi, leur amour n'approche point du nôtre. Si c'est gloire qu'un dieu quand on l'a pour époux, Il en faut essuyer mille chagrins jaloux; Et Jupiter lui-même, à le dire entre nous.

N'est pas meilleur mari qu'un autre.

GLAUCUS

Mais par son peu d'amour quels ennuis aujourd'hui Ne vous cause pas Mélicerte?

SYLLA

Il est vrai, je soupire, et ce n'est que par lui

Qu'aux soupirs mon âme est ouverte.

Il s'est éloigné sans me voir.

Sans m'apprendre en quel lieu son mauvais sort A le faire chercher mon soin est inutile, [l'exile ; Je demande, m'informe, et n'en puis rien savoir.

Son incertaiue destinée A mon esprit flottant cause mille embarras; Il peut être infldèle, il peut ne l'être pas ; Mais enfin je puis voir ma peine terminée.

Et sortir de ce mauvais pas.

Il est un sûr moyen d'éclaircir le mystère

De son départ précipité.

GLAUCUS

Employez-le, madame, et faites vanité D'étaler à mes yeux ce qui me désespère.

Pour moi qui vois que de vous plaire Tout espoir désormais à ma flamme est ôté,

Je ne serai plus arrêté

Par un respect qui m'est contraire.

Je vais devenir téméraire ; Et pour réduire enfin votre ingrate fierté, Il n'est rien que je n'ose faire.

SYLLA

C'est pour l'amour un assez doux appas, Que chercher à se faire craindre.

GLAUCUS

Si le mien va trop loin ne m'en accusez paS| C'est vous qui le voulez contraindre A recourir aux attentats.

Pour forcer vos désirs, je vais mettre en usage

Ce qu'en vain...

SYLLÂ.

Adieu, prince, il faut me redrer, Pour ne rien ouïr davantage.

Je vois que votre amour commence à s'égarer, Et vous estime assez pour vouloir ignorer L'indiscrète chaleur où son transport l'engage. *

GLAUCUS

Madame, encore un mot.

SYLLA

Je n'écoute plus rien.

GLAUCUS

Je vous suivrai partout, et malgré vous,sans cesse, Je me plaindrai de l'ennui qui me presse.

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