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DIALOGUE DE SILVIE ET DE TIRCIS

TIRCIS

Pourquoi me fuyez-vous, 6 beauté trop sévère, Quand d'un si tendre amour j'ai le cœur enflammé?

SILVIE

Je fuis ce que je sens qui commence à me plaire, Si je vous écoutais, vous pourriez être aimé.

TIRCIS

Quoi, toujours, aimable inhumaine, Refuser de m'enteadre ? hé, de gr&oe, deux mots.

SILVIE

L*amour cause de la peine.

Et je veux vivre en repos.

TJRCIS.

Est-il des plaisirs sans tendresse ?

SILVIE

Est-il de l'amour sans chagrin ?

TIRCIS

Par l'amour tout chagrin cesse.

SILVIE

Tous les plaisirs par Tamour prennent fin.

TIROS.

C'est une erreur; dans le bel âge, Il faut aimer pour vivre heureux.

SILVIE

Ne me dites rien davantage.

TIRCIS

Soulagez les ennuis de mon cœur amoureux.

SILVIE

Que vous sert que le mien soupire?

TIRCIS

Ah, Silviel

SILVTE.

Ah, TircisI

ENSEMBLE

Unissons nos soupirs.

TiRas.

Aimons-nous.

SILVIE

Douce peine !

Tinas.

Agréable martyre!

SILVIE

11 fait tout mon bonheur.

TiRas.

Il fait tous mes d^rs.

ENSEMBLE

Pour goûter les plus doux plaisirs, Ne nous lassons jamais de nous le dire; Aimons-nous. Douce peine! Agréable martyre!

SILVIE

La liberté m'était un bien si doux!

TIRQS.

Vaut-il ceux que l'amour ofi're dans son empire?

SILVIE

Je la perds, c'en eât fait.

TIRCIS

Vous en repentei-voiis?

SILVIE

Ce n*est pas de quoi je soupire.

TIRQS.

Ah, Silviel

SILVIE

Ah, Tircis !

ENSEMBLE

Unissons nos soupirs.

TIRQS.

Aimons-nous.

SILVIE

Douce peine I

TIRCIS

Agréable martyre!

SILVIE

II fait tout mon bonheur.

TIRCI8.

11 fait tous mes désirs.

ENSEMBLE

Pour ffoûter les plus doux plaisirs.

Ne nous lassons jamais de nous le dire;

Aimons-nous. Douce peine! Agréable martyre I

GIRGB.

Vous voyez de quelles douceurs L'amour souffre aux amants la flatteuse espértoct^ Quand il prend soin d'unir leurs cœurs.

GIRCÉ, ACTE n, SCÈNE Vm.

00 oublie aisément ce qu'il eut de rigueurs, Lorsque cette union en est la récompense. Par vous avec Sylla je la puis espérer,

Vos charmes n'ont jamais trouvé rien d'impossi- Et cette charmante inflexible [ble;

Pour qui l'amour me force à soupirer, Dès que vous parlerez, aura le cœur sensible.

CIRCÉ

Si vous n'obtenez que par moi L'heureux succès que votre amour espère, Cette douceur aura-t-elle de quoi Vous assurer ce qui doit seul vous plaire? Pour bien goûter le plaisir d'être aimé,

1 faut ne le devoir qu'à l'ardeur de sa flamme. )e Sylla qui vous fuit ètes-vous si charmé.

Qu'un autre objet dont vous toucheriez l'àme

Ne pût de vous être estimé?

Laissez agir votre mérite, lest mille beautés, qui, pour vous rendre heureux, c plairont à répondre à vos soins amoureux;

La gloire à changer vous invite.

GLAUCUS

Est-il ^n de plus rigoureux?

Kiel cons'^! A Sylla devenir infidèle!

ylla qu*on ne peut voir sans se faire une loi...

CIRCK.

lie a tout ce qui peut mériter votre foi ;

Mais si vous ne changiez pour elle,

Qu'afin de vous donner à moi, eureux par cet amour, auriez-vous tant de quoi

Nommer la fortune cruelle?

GLAUCUS

La gloire d'être aimé de vous, Devrait m'être un bonheur sensible A. remplir mes vœux les plus doux; ûs, madame, Tamour, par un charme invincible,

Dispose de nous malgré nous.

loique Sylla me livre à cent peines secrètes, IJa seule peut plaire à mon cœur amoureux, Pour Sylla seule il peut former des vœux;

Et toute aimable que vous êtes.

Vous ne pourriez me rendre heureux.

CIBCB.

Tremblez de l'aveu que vous faites.

er à mon amour préférer d'autres feux ! a dis trop, mais Circé n'est pas accoutumée

A contraindre ses sentiments»

t me plait de choisir, je n'ai que trop d'amants; Is lorsque je m'abaisse à souffrir d'être aimée, ist vouloir voir ma haine à punir animée, 3ue m*opposer d'autres engagements.

Lir de moindres mépris j'ai répandu la honte

Du sort le plus injurieux r des rois dont j'ai fait la terreur de ces lieux. aut d'une vengeance aussi juste que prompte,

Étaler la peine à vos yeux.

-woit paraître divers animaux, lions, ours, tigres, dragons . serpenta.)

En bêtes transformés, pour m'avoir su déplaire, Voyez-les à regret souffrir encor le jour; Et si vous dédaignez l'offre de mon amour. Craignez l'horreur de ma colère.

GLAUCUS

La menace, madame, est pour se faire aimer Un moyen dont je crois le succès un peu rare.

Je l'entends sans m'en alarmer; Et quoi que ces objets me fassent présumer

Du sort honteux qu'on me prépare.

L'amour règne en mon cœur, et l'a trop su charmer, Pour souffrir lâchement que l'effroi s'en empare.

CIRCé.

Quoi, jusqu'à me braver vous poussez vos dédains?

Connaissant qui je suis, et ce que je puis faire, Encore un coup, redoutez ma colère, A me fléchir vos efforts seront vains.

Si j'étouffe l'amour qui la force à se taire.

Je n'ai qu'à dire un mot, et ces fiers animaux Fondant sur vous pour venger mon injure, '

De l'un d'eux aussitôt vous prendrez la figure ;

Vous me regretterez, et pour cemble de maux... .

GLAUCUS

Le ciel pourra détourner l'aventure.

Et les secrets dont les dieux m'ont fait part. Mettront peut-être obstacle au pouvoir de votre art.

CtRCÉ.

De la témérité passer à l'insolence!

Prétendre que les dieux appuyant vos projets... Ah I C'en est trop, il faut punir cette arrogance.

Fiers ministres de ma vengeance.

Avancez, il est temps, et je vous le permets.

Et moi, qui sais confondre une justd {Puissance, Je vous défends de vous montrer jamais.

(Tous les animaux sont engloutis dans la terre.) CIRCB.

Ciell Que vois-je? La terre s*ouvre; Et par ces animaux employés vainement,

Ma faiblesse qui se découvre, Le laisse triompher de mon ressentiment. Quoi, voir par son pouvoir mes forces abattues? Non, non, animez-vous, immobiles statues,

Et vous armez contre un ingrat.

(Les dix statues de bronze qui serrent de supports au berceau commencent à remuer.)

GLAUCUS

De ce que vous pouvez votre art vous faittropcroire, J'en saurai contre vous repousser l'attentat; Et ces vains ennemis opposés à ma gloire, Bien loin de la ternir, en accroîtront l'éclat.

Disparaissez, et, sans combat.

Vous perdant dans les airs, cédez-moi la victoire.

(Les statues s'envolent, et le berceau fond dans la terre.)

Par l'inutile essai qui suit votre courroux, Sitôt qu'à ses transports ma volonté s'oppose, Madame, vous voyez ce que j'ai fait pour vous, Quand j'ai voulu vous devoir quelque Chose.

CIRCÉ, ACTE m, SCÈNE I.

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