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SCÈNE I MÉUCERTE, ASTÉRIE

MBLICBRTB.

Moi, me contraindre, moi 1 Non, non, belle Astérie, Quoi qu'ose le courroux où je puis l'engager. Vous en voulez pour moi craindre en vai n le danger; Si je perds ce qui fait tout le bien de ma vie.

Mes jours sont-ils à ménager?

Circé me quitte, m'abandonne.

Elle qui paraissait faire tout son bonbeur De l'empire absolu qu'elle avait sur mon cœur; Et je dois recevoir la mort qu'elle me donne,

Sans me plaindre de sa rigueur?

Partout j*en parlerai sans cesse, Sans cesse mes soupirs demanderont raison De cette làcbe trahison.

ASTÉRIB. i

Et quel fruit espérer d'une telle faiblesse? Quant à moi, j'en voudrais user tout autrement;

Et si l'on me venait apprendre

L*inf)délité d'un amant.

Sans lui donner le plaisir de m'eniendre

Soupirer de son changement,

Fût-ce des amours le plus tendre.

J'irais dans le même moment De mon cœur avec lui rompre l'engagement;

Et s'agissant de le reprendre.

J'en aurais plus d'empressement, i

Qu'il n'en aurait de me le rendre.

MBLICBRTB.

Hélas 1 Quel remède à m'ofîrir !

L'amour d'un tel effort rend-il nos cœurs capables!

Et dans les maux au mien semblables, N'a-t-on qu'à le vouloir pour cesser de souffrir?

ASTÉRIE

Il n'en est guère d'incurables, '^k Quand on se met en tête d'en guérir.

J'en parle sans expérience, Et je n'ai pas vécu ce qu'il faut pour avoir

Une parfaite connaissance De ce que sur un cœur l'amour prend de ponvoir; Mais, comme l'on soutient avec tant d'assurance, Que toujourslà-dessusonsait plusqu*on ne pense. Sans savoir rien, je pense tout savoir.

MBUCBRTB.

Je connais d'où vient ma disgrâce ; L'amourdansce palais,pour troubler mon bonheer,

A conduit le prince de Thrace ; C'est lui qui de Circé me dérobe le cœur. J'aurais déjà puni ce rival téméraire.

Si je n'avais appris qu'il l'ose dédaigner;

Ainsi je le veux épargner

Pour le livrer à sa colère.

Bizarre destinée! A l'ardeur de ses vœux J'abandonne Sylla que je sais qu'il adore;

Et lorsqu'ici ma retraite s'ignore, Il y vient, malgré lui, mettre obstacle à mes feoi; Malgré lui je le vois aimé de l'infidèle

A qui j'ai su tout immoler.

ASTÉRIB.

n est insensible pour elle, C'est de quoi vous en consoler.

MÉUCERTE.

Mais au lieu d'écouter dans un pareil outrage Le courroux qui doit l'animer, S'il fallait, pour s'en faire aimer,

Qu'elle mit contre lui quelque charme en usage?

ASTÉRIE

Avant le temps pourquoi vous alarmer?

CIRCÉ, ACTE m, SCÈNE IL

BféLICBRTB.

Sait-on ce qu*a produit leur dernière entrevue ?

ASTRRIB.

Circé m*en a paru triste, tout abattue; Mais j'ai pressé Dorine en vain de s'expliquer, Elle était avec eux, et, contre Tordinaire, II semble qu'elle veuille aujourd'hui se piquer De pouvoir entendre et se taire.

MÉLICERTE

Non, j*ai beau me flatter, du bien que je poursuis

L'espérance m'est interdite.

Pour jouir du malheur où mes jours sont réduits, Mon rival de Circé connaîtra le mérite.

ASTERIE.

Hé bien, alors, faite comme je suis.

Si vous me trouvez propre à guérir vos ennuis. Vous oublierez pour moi l'ingrate qui vous quitte. Quoique jeune, un peu folle, et ce qu'il vous plaira. Car il faut que chacun à son âge réponde,

Je serai pour qui m'aimera

De la meilleure foi du monde.

Tant que le cœur nous en dira Tendresse des deux parts à nulle autre seconde, Mais bonne clause aussi, que l'on se quittera

Sans souffrir que l'amour en gronde

Sitôt qu'on s'en dégoûtera.

MÉLICBRTB.

Dans les vives douleurs où mon âme est en proie, Vous pouvez me parler ainsi?

ASTÉRIE

Que voulez-vous? J'ai le cœur à la joie ; Et quand je ris d'un amoureux transi,

C'est mon penchant qui se déploie;

Mais enfîn, sortez de souci, Vous brûliez pour Sylla, le ciel vous la renvoie, Aujourd'hui même elle doit être ici.

MÉLICBRTE.

Sylla dans ce palais?

ASTÉRIE

Elle est encor capable.

Quand vous la reverrez, d'attirer vos désirs.

MÉLICBRTE.

Ah l Ne m'en parlez point; malgré tous les soupirs Que m'a déjà coûté le malheur qui m*accable,

Pour mol Circé seule est aimable ; Et si vous lui vouliez peindre mes déplaisirs, Elle ne serait pas peut-être iiexorable.

ASTÉRIE

Voici le confident du rival q d vous perd, Laissez-moi découvrir par lu tce qui se passe; Pour empêcher le coup dont 1 amour vous menace. Nous pourrons agir de concert, [audace. S'il m'apprend que son maître ait toujours même

MÉLIGERTB.

Parlez, je lui quitte la place; Heureux qu'un tel secours à mon feu soit offert.

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