PAL^ON
; Circé vient d'attraper mon mattre, A Sylla devant elle il peignait son tourment, Quand à nos yeux, en un moment, L'un0 et l'autre ont su disparaître.
ASTéRIB*
Qu'il y songe, à la fin lui-môme y sera pris; Il est jeune, bien fait, et ce serait dommage, Que faute de vouloir déguiser le mépris
Où Sylla pour Circé l'engage, Il se laissât changer en quelque vieux loup gris, Dont peiit-ôtre il jouera bientôt le personnage.
PALBMON.
Que veux-tu? C'est un éventé
Qui ne croit jamais que sa tête.
Pour retrouver Sylla dont il est la conquête, En cent lieux différents j'ai déjà fureté; Et tandis qu'en ce bois j'en viens faire l'enquête,
Il la cherche de son côté.
Né me diras-tu point où Circé Ta cachée?
ASTERIE.
Mon âge incompatible avecque le secret, Du conseil de Circé m'a toujours retranchée ; Je parais étourdie, et puis l'être en effet, C'est un malheur pour moi, mais j'aurais grand Si la discrétion aux ans est attachée, [regret. D'avoir l'esprit moins indiscret.
PALBMON.
Fort bien, quoique les ans donnent de latagessej Tu n'as point hâte de vieillir,
ASTÉRIE
L'automne est douce à qui s'empresse D'avoir des fruits mûrs à cueillir; Mais quoiqu'exposée à faillir.
Je tiens toujours pour la jeunesse.
PALBMON.
C'est bien fait, le printemps est la belle saison; Tu peux faire du tien un agréable usage.
ASTÉRIE
Du moins quand je m'échappe à quelque badioise Qui semble s'écarter un peu de la raison,
Je dis qu'un jour je serai sage; Et j'aime assez à chanter sur ce ton.
Ah! Combien il en est dont les désirs partagent
L'état riant où je me voi.
Qui sans en rien dire envisagent
Comme un sujet mortel d'effroi, L'incommode sagesse où les ans les engagent,
Et qui de tout leur cœur enragent De n'oser être aussi folles que moil Sur l'avenir je me trompe peut-être ; Mais enfin je prétends, lorsque j'en serai là, Pour fuir leur ridicule, assez bien me coDoaltre...
Mais, adieu, va chercher Sylla,
Je vois Mélicerte paraître.
PALÉMON
Que ton humeur me plaît !
ASTERIE.
De grâce, éloigne-toi, Il faut que je lui parle, et Circé me l'ordeone.
PALÉMON
Je te quitte à regret, friponne ; Si tu n'as rien à faire autre chose, aime*moi.
MÉUCERTE, ASTÉRIE.
ASTÉRIE
A VOUS trouver j'ai bien eu de la peine. Depuis longtemps je vous cherche partoot.
MÉLICERTE
Confus, triste, inquiet, je sens que tout me g^
Et, sans savoir ce que mon cœur résout, J'entretiens dans ce bois le chagrin qui m'y mèQ<
Mais enfin que m'apprend rez-vous?
Parlez, belle Astérie, et, s'il vous est possible.
Soulagez un amant jaloux.
ASTÉRIE
La jalousie est un mal bien terrible; Mais n'importe, le ciel vous voit d'un œil plosdoai Et Circé n'est pas insensible.
MÉLICERTE
Quoi, Circé me rendrait son cœur?
D'un si prompt repentir Circé serait capable, Et cette farouche rigueur
CIRCÉ, ACTE IV, SCÈiNE III.
Qui la rendait inexorable, Aurait fait place à la douceur?
Je l'avais bien prévu, qu'en lui faisant comprendre Le dur excès de mes ennuis.
Vous la forceriez à se rendre.
ASTÉRIE
Toute badine que je suis,
Tai le cœur tourné sur le tendre, Et pour les malheureux je fais ce que je puis. Yoyez-Yous cet anneau que Circé vous envoie ?
MBLICERTB.
Que ne dois-je point à vos soins?
Donnez, de grâce, et de ma joie Allons chercher mille témoins.
ASTERIE.
Voilà comme souvent l'amour pour nous s'emploie. Lorsque nous l'espérons le moins.
MBLICBRTE, ayant Tofineau.
11 est vrai. Qui l'eût cru, que pour finir ma peine. L'amour dût amener Sylla dans ce palais? Mais n'en crois-j e poi n t trop mes amoureux souhai ts,
Et la nouvelle est-elle bien certaine?
L'a-t-on vue arriver? Est-elle avec Circé?
Et de sa part cherchez-vous Méiicerte?
ASTÉRIE
Le portrait de Sylla n'est donc pas effacé?
MÉLICBRTE.
Non, toujours son image à mes yeux s*est offerte.
Que de temps à pleurer sa perte
S'est inutilement passé? Sait-elle qu'en ce lieu l'amour m'a fait l'attendre? Qu'on m'avait assuré qu'elle s'y ferait voir?
ASTERIE.
Cest ce que par vous-même elle pourra savoir ; Mais, Circé, vous l'aimiez? Une amitié si tendre Déjà sur vous est-elle sans pouvoir?
MBLICBRTE.
Moi, qui chéris Sylla d'une ardeur empressée Qu'à peine égalerait le plus parfait amant, J'aurais pris pour Circé le moindre attachement?
Du seul soupçon ma gloire est offensée. Par où le mérité-je, et sur quel fondement
M'imputez-vous un changement
Dont je D*eu3 jamais la pensée?
ASTERIE.
J'avais pris pour amour certains soins complai-
Qu'à Circé je vous ai vu rendre; [sants
On s'attache aux objets présents; [dre.
Et pour peu que l'absence aide à se laisser pren-
Les hommes la plupart sont d'une foi si tendre.
Qu'il ne faut qu'un bel œil, etquelquesjeunesans.
Pour les réduire à ne se point défendre.
MÉLICBRTE.
Non, si j'ai vu Circé, j'ai voulu seulement Apprendre d'elle où Sylla pouvait être.
Dans ces lieux, à toute heure, elle devait paraître; El j'attendais toujours ce bienheureux moment. Eofln il est venu; mais suis-je encor moi-même? Elle est daos le palais, et je m'arrête ici?