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DIALOGUE DE L'AMOUR ET DE LA JEUNESSE

LA JEUNESSE

Quoique vous nous voyiez ensemble.

C'est assez rarement que nous sommes d'accord. l'amour.

Gomme tout me cède, il me semble Que me céder aussi ne vous ferait pas tort.

Lk JEUNESSE.

Moi, vous céder? Et pourquoi, je vous prie? Si vous avez des charmes assez doux,

Qui plaisent en coquetterie,

Je me fais aimer plus que vous.

Jamais je ne quitte personne,

Qu'on ne s'en fasse un dur tourment.

Hélas ! dit-on, faut-il si promptement

Que la jeunesse m'abandonne?

Mais quand le noir chagrin de vos transports jaloux

Force deux cœurs à la rupture.

On y trouve un repos si doux.

Qu'on vous laisse aller sans murmure;

Et je ne sache que les fous

Qui, mal guéris de leur blessure,

Veuillent renouer avec vous.

l'amour.

Et quand on ne rompt point, est-il douceurs pareilles?

LA JEUNESSE

C'est un miracle dont le bruit Vient rarement à mes oreilles; Mais regardons le dégoût qui le suit : Ce n'est pas comme la jeunesse Qui se trouve aimable en tout temps ; Vous n'avez point d'agrément qui ne cesse, Pour peu que vous alliez au delà du printemps. Quand l'âge vient, la belle cbose Que les soupirs de deux amants barbons ! A quoi peuvent-ils être bons.

Qu'à plaindre leur métamorphose ?

Ce n'est plus en douceurs qu'ils passent tout le jour. L'un dort tandis que l'autre gronde; Et jamais on ne vit au monde Rien de si sot qu'un vieil amour.

l'amour.

De vos jeunes attraits vous faites bien la fièret

LA JEUNESSE

On la ferait à moins ; partout je saute aux yeux. On me nomme partout des beautés la première, Et c'est en quoi sur vous je l'emporte encor mieux : Car enfin, pour me vaincre, employez ruse, adresse,

Cherchez artifice, détours.

Il n'est point de laide jeunesse,

Mais il est de vilains amours.

L'AMOUR

Vous croyez que je me chagrine De vous voir ravaler mes droits.

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