SCÈNE XII
LÉONARD, D. FERNAND . D. JUAN, D. LOPE, LÉONOR, L( GRÈCE, BÉATRIX, JACINTE, PHl- LIPIN, MENDOCE.
D. JUAN, te montrant.
Vous cherchez don Juan, madame, et le voici.
LÉONOR
Ingrat I Traître !
D. JUAN
Ah! Cessez de me faire une injure; En me donnant les noms d'ingrat et de parjure.
LÉONARD
Le destin de ma fille agit bizarrement.
Je rencontre un voleur en cherchant son amant.
(il D. Juan,) Vous prétendiez encor jouer un tour de maître. Et pour nous dérober, vous vous cachiez peut-être?
LÉONOR
On perd ici l'esprit, ou je n'y connais rien. Pour qui le prenez-vous?
LÉONARD
Madame, il m'entend bien.
D. JUAN
Si je VOUS entends bien, certes au moins j'ignore Pourquoi j'ai mérité que l'on me déshonore; Je ne suis point voleur, et j'ai le cœur trop haut Pour souffrir qu'on m'impute un si honteux défaut : Enfin, puisque le sort à ma perte s'applique, 11 faut que devant vous la vérité s'explique. J'adore votre fille, et cet objet vainqueur Depuis un an entier dispose de mon cœur. Cette bague tantôt que je vous ai rendue. C'est de sa propre main que je l'avais reçue; Et si vous lui donnez liberté de parler. Elle m'estime assez pour ne le point celer.
LÉONARD, ù Lucrèce, Dit-il vrai ? L'aimes-tu?Parle sans craindre un père.
LUCRÈCE
Puisque vous m'ordon nez de ne vous plus rien taire. J'avouerai que mon cœur par l'amour combattu N'a pu de don Juan dédaigner la vertu.
LÉONARD, tirant D, Fernand à part.
De grâce, don Fernand...
LÉONOR
Il ne le faut pas croire»
Il ne fait que fourber.
LÉONARD
Pour conserver ma gloire Que faut-il que je fasse?
D. FERNAND
Ouvrez enfin les yeux, Et ne résistez plus aux volontés des cieux : Je vous en ai tantôt déjà dit ma pensée, Que d'un semblable hymen elle était menacée; Comme un homme sans bien doit être son époux. Pour faire un meilleur choix, où le chercherez-vous? Don Juan est bien fait et d'illustre famille. Et puisqu'avec ardeur il aime votre fille, D'un mot de votre bouche autorisant son feu. Donnez à cet hymen un généreux aveu.
LÉONARD
Si c'est l'ordre du ciel, je ne puis m'en défendre. Approchez, don Juan, je vous reçois pour gendre.
D. JUAN
0 joie inespérée ! 0 suprême bonheur !
Est-ce ainsi, Léonard, qu'on venge mon honneur?
LÉONARD
Le mien intéressé demandait ce remède.
LÉONOR, à D, Juan, Ecoute aveuglément l'ardeur qui te possède : Va, traître, rends hommage à l'infidélité. Le ciel me vengera de ta déloyauté.
Allons, don Lope, allons, je vous tiendrai parole.