‹ Théatre completChapitre 1270 sur 1461 · LE FESTIN DE PIERRE, ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

LE FESTIN DE PIERRE, ACTE II, SCÈNE I

Quien, met argent sur jeu, via le mien. Palsan- Je n'ai fait aussi-tôt Tétourdi, ni le fou, [guenne J'ai bravement bouté par tarre mé dix sou, Quatre pièce tapée; et le restant en double, Jaroigué, je varrou si j'avons la vu* trouble, Ç'ai-je-fait, les boutant,., plus hardiment enfin Que si j'eusse avalé queuque varre de vin ; [de. Car je sis hasardeux, moi, qu'en m' mette en bouta- Je vas, sans tant d'raisons, tout à la débandade. Je savas bian pourtant sque j'faisais d'en par là, Queuque gniaisi enfin don, j'non pas putôt mis,

[via, Quej'voion toutàplain com'deuxzommeàlanage, Nou faision signe; et moi, sans rien dir davantage, De prendre le zenjeux. Allon, Gros-Jean, allon, Ç'ai-je fait, voi-tu pas comme i nou zappellou? Is'vont nayer. Tant mieux, sm'a-t-i fait, je m'en

[gausse, Im'ant fait pardre. Adon,le tirant par lé chausse, Jlai si bian sarmoné, qu'à la parfin vars eux, J'avon dans une barque avironné tou deux. Et pis cahin cahas, j'on fait tant que je somme Venu tout contre, et pis j'ies avon tiré comme n avion quasi bû déjà pu que de jeu, Et pis j' le zon cheu nou menez auprès du feu. Où je l'zon veu tous deux nuds sécher leu zoupe-

[lande.

Et pis il en est v'nu deux autres de leu bande. Qui s'equian, voi-tu bian, sauvez tout seul, et pis Mathurine est venue à voir leu biaux habits; Et pis i liont conté qu'ai n'étoit pas tant sotte. Qu'ai avoit du malin dans l'œil, et pis, Charlotte, Via tout com' ça s'est fait pour te l'dire en un mot.

CHARLOTTE

Et nem'disiois-tu pas qu'glien avoit un, Piarrot, Qu*étoit bian pu mieux fait que tretous?

PIBRROT.

C'est le maître, Queuque bian gros monsieu, dé pu gros qui puisse Car i n'a que du d'or par ila, par ici, [être ;

Et ceux qui le sarvont sont dé monsieus aussi. Stanpendant, si je n'eumc été là, palsanguenne H en tenoit.

CHARLOTTE

Ardez un peu.

PIERROT

Jamais marguienne.

Tout gros monsieu qui l'est, il n'en fu revenu.

CHARLOTTE

Et cheu toi, di, Piarrot. est-il encor tout nu?

PIERROT

Nannain, tou devant nou qui le regardion faire, 1 l'avon rabillé. Monguieu, combian d'affaire! J'n'avois vu s'habiller jamais de courtisans. N'y leu Zangingorniaux, je me pardrois dedans. Pour le zy faire entré comme n'en lé balote ! J'eslas tout ébobi de voir ça. Quien, Charlotte, Quand i sont zabillés, y vou zant tout à point De grands cheveux toufus, mais qui ne tenont point

A leu teste, et pis via tout d'un coup qui l'y passe,

I boutont ça tout comme un bonnet de filace. Leu chemise qu'a voir j'estas tout étourdi,

Ant démanche où tou deux j'entrerions toutbrandi. En deglieu d'haut de chausse, il ant sartaine his-

[toire Qui ne leu vient que là. J'auras bian de quoi boire. Si j'avas tout l'argent dé lisels de dessu. Glien a tant,glien a tant, qu'an n'an seroit voir pu.

II n'ant jusqu'au colet qui n'va point en darriere. Et qui leu pen devant bàty d'une manière, Que je n'tel sérois dire, et si j'iai vu de près.

Il ant au bout débras d'autres petits colets. Aveu des passemens faits de dan laie blanche Qui veniant par le bout faison le tour démanche.

CHARLOTTE

1 faut que j'aille voir, Piarrot...

PIERROT

Ohl si te plaist, J'ai queu'chose à te dire.

CHARLOTTE

Hé biaii, di qu'esque c'est!

PIERROT

Voi-tu, Charlotte, i faut qu'aveu toi, com' sditl'au- Je débonde mon cœur, il iroit trop du nôtre, [tre. Quand je somme pour estre à nou deux tou de bon. Si je n'me plaignas pas.

CHARLOTTE

Quement, qu'est-qu'iglia don?

Tglia que franchement lu me chagraigne l'ame.

CHARLOTTE

Et d'où vient?

PIERROT

Tastigué, tu dois être ma femme.

Et tu ne m'aimes pas.

CHARLOTTE

Ah, ah, n'est-ce que ça?

PIERROT

Non, s'nest qu'ça, stanpendant c'est bian assez,

CHARLOTTE. [Viauça...

Mon guieu, tou jou, Piarrot, tu m'dis la mesme chose.

PIERROT

Si j'te la dit toujou, c'est toi qu'en est la cause; Et si tu me faisois queuquefouas autrement, J'te dirois autre chose.

CHARLOTTE

Apprend-moi donc quement Tu voudrois que j'te fisse.

PIERROT

Oh, je veux que tu m'aime.

CHARLOTTE

Es-que je n'taime pas?

PIISRROT.

Non, tu fais tou de môme Que si j'navion point fait no zacordaille, et si J'nai rien à me r'procher là-dessus, dieu marci. Das qui passe un marcier, tout aussi-tost j'tajette Lé pu jolis lacets qui soient dans sa bannette.

LE FESTIN DE PIERRE, ACTE n, SCÈNE IL

Pour t'aller dénicher dé marie je n*sai zou, Tous les jours je m'azarde à me rompre le cou. Je fai jouer pour toi le vielleu za ta fête, Et tou ça contre un mur c'est me battre la teste. J*n'y gagne rien. Vois-tu? Ça n'est ni biau ni bon, De n'vouloir pas aimer les gens qui nous zaimon.

CHARLOTTE

Mon guieu, je f aime aussi, de quoi te mettre en piBRROT. [peine?

Oui, tu m'aimes, mais c'est d*une belle déguaine.

CHARLOTTE

Qu*es donc qu*tu veux qu'en fasse?

PIERROT

Oh, je veux que tou haut, L'en fasse ce qu'en fait pour aimer comme i faut.

CHARLOTTE

JTaime aussi comme i faut, pourquoi don q'tu t'é- PIERROT. [tonne?

Non, ça s'voit quand il est, et toujou zau parsonne. Quand c'est tout d'bon qu'on aime, en leu fait en Mil ptite singerie ; et sis-je un innocent? [passant Margué, je n'veux que voir com'la grosse Tomasse, Fait au jeune Robain, al n'tien jamais en place. Tant al n'est assotée, et dès qu'ai l'voit passer, AI n'attend point qui vienne, al s'en court l'agacer, Li jett' son chapiau bas, et toujou sans reproche Li fait exprès queuq'niche, ou baille une taloche; Et darrainment encor que su zun escabiau Il regardoit danser, al s'en fut bian et biau Li tirer de dessous, et l'mit à la renvarse. [barse, Jarny, via sq'c'est qu'aimer, mais margué l'en me Quand dret comme un piquet j'voi q'tu viens te par- Tun'medisjamaismot,etj'aibiautentincher,[cher. En glieu de m'fair présent d'une bonne égrat'nure. De m'bailler queuque coup, ou d'voir par avanture Si j'sis point chatouilleux, tu te grates les doigts; Et Tes là toujou comme une vrai souche de bois. Test trop fraide, voi-tu, ventregué, ça me choque.

CHARLOTTE

C'est mon imeur, Piarrot, que veux-tu?

PIERROT

Tu te moque.

Quand l'en aime les gens, l'en en baille toujou Queuqu' petit signîiiance.

CHARLOTTE

Oh, cherche donc par où Stu pense qu'à t'aimer queuque autre soit pu prom- Va l'aimer, j'te l'accorde. [te,

PIKRROT.

Hé bian, via pas mon compte!

Tastigué, stu m'aimois, m'dirois-tu ça?

CHARLOTTE

Pourquoi M'viens-tu tarabuster toujou l'esprit?

PIERROT

Di-moi, Queu mal t'fais-je à vouloir que tu m'fasse paraître Un peu pu d'amiquié?

CHARLOTTE

Va, ça viendra peut-être.

Ne me presse point tant, et laisse faire.

PIERROT

Hé biao, Touche donc là, Charlotte, et d'bon cœur.

CHARLOTTE

Hé bian, quien.

PIERROT

Promets qu'tu tAchera za m'aimer davantage.

CHARLOTTE

Es<ce là su monsieu?

PIERROT

Oui, le via.

CHARLOTTE

Queu dommage Qui l'eustété nayé! Qui l'est gentil

PIERROT

Je vas Boire chopaine, aguieu, je ne tarderai pas.

Page 1