‹ Théatre completChapitre 1318 sur 1461 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Cet acte se passe dans un bois qui en fait la décoration, et qui ne doit pas être éloigné du château du baron. C'est là que Dorante, après avoir eu le temps de s'examiner, se résout à venir dire à Clarisse, que malgré toutes les promesses qu'il lui a faites d'une éternelle fidélité, il n'est pas en son pouvoir de vaincre le penchant qui le force à aimer Ismène. Il avoue qu'elle a raison de le regarder comme le plus perfide de tous les hommes ; et ne pouvant lui rendre 'son cœur qu'il lui doit pour tant de raisons, il lui abandonne sa vie, en se mettant à genoux devant elle, et lui offrant son épée, afin qu'elle en perce ce cœur si indigne de respirer après la trahison qu'il lui ose faire. Clarisse prend cette épée, et la lui rejette presque aussitôt, comme ne trouvant pas qu'il mérite de mourir de sa main. Ismène les surprend dans cette action, qui ui fait croire qu'ils ont eu querelle. Le faux Oronte avoue qu'ils se sont battus

LE TWOMPHE DES DAMES, ACTE IV

et quitte Ismène sans lui donner d'autre éclaircissement de ce prétendu combat, que celui qu'elle pourra recevoir de Dorante, qu'elle laisse en liberté de lui raconter de quelle façon la chose s'est passée. Ismène qui l'a vu aux pieds d'Oronte, et son épée entre les mains de ce même Oronte, ne doute point qu'il n'en ait été désarmé, et contraint à lui demander la vie. II se plaint de la voir capable d'avoir une pensée si injurieuse à sa gloire; et ne pouvant lui découvrir encore le mystère de cette aventure, il ne trouve point d'autre moyen de faire cesser les nouveaux reproches qu'elle lui fait de l'amour qu'il a eu pour Clarisse, et de son penchant à l'inconstance, qu'en la conjurant de souffrir qu'il l'épouse sans plus de retardement. Il accompagne cette prière de tant d'assurances de la passion la plus tendre et la plus soumise, qu'il adoucit la colère d'Ismène, à qui Angélique suivie d'Aminte, de Damis et du capitaine, vient annoncer le divertissement de la mascarade dont on leur parle depuis si longtemps, et dont ils ont vu quelques préparatifs dans le bois. Elle ajoute qu'ils ont su qu'elle avait pour sujet la victoire remportée par les cartes sur les autres jeux et qu'on en verrait les rois, les dames et les valets dans le même équipage où ils ont coutume d'être peints. On raisonne sur cette invention que le capitaine, pour cacher qu'il y ait aucune part, traite exprès d'extravagante. Après avoir soutenu la plaisanterie sur cette mascarade, voyant qu'Ismène continue à demander quel en est l'auteur, il feint de vouloir satisfaire sa curiosité, et s'éloigne, comme s'il avait dessein d'aller prendre à l'écart quelqu'un de ceux qui sont employés à cette fête, pour l'obliger à lui en dire le secret ; mais il ne sort point sans avertir tout bas Aminte qu'il va l'attendre dans un endroit détourné, où ceux qui la doivent enlever ne manqueront point à la conduire, sur le signal de la montre qu'il lui recommande de nouveau de ne pas oublier d'ouvrir. Lucile court avertir le baron de ce qui se prépare ; et presque en même temps ceux que le capitaine a préposés pour la mascarade font avancer le palais des jeux, qui est composé de colonnes torses de marbre blanc, environnées de feuillages d'or, avec leurs chapiteaux et bases d'or. La corniche est de marbre blanc, et la frise de porphyre. Ces colonnes sont disposées de deux en deux de chaque côté, avec des figures au naturel entre les deux, représentant des empereurs, des rois, des princes, des reines et des princesses, et tenant chacune des cartes pour faire voir qu'elles servent au plaisir de tout le monde. Sur la corniche de ce palais, au lieu d'attique, sont des figures de marbre blanc ornées de draperies d'or. Elles représentent la déesse des Richesses, la Prodigalité, la Nuit, la Vigilance, le Destin, la Constance, le Temps, la Fortune, Momus, TEspérance, et la Subtilité, comme autant de divinités qui tiennent les

joueurs sous leur dépendance. Les cartes que les figures d'en bas exposent aux yeux des spectateurs, sont couronnées par les figures d'en haut, qui d'une main tiennent les couronnes, et de l'autre soutiennent une frise en forme de console couchée, ornée de feuillages de différentes coaleurs, d'enfants tenant des jeux de toutes sortes, et de cartouches rehaussés d'or, et remplis pareillement de jeux. L'optique du palais est do môme ordre; on y voit une porte ornée de jeux de coloris sur un fond de marbre blanc, et le dessus de cette porte est orné de plusieurs vases de lapis et de festons. Ce palais étant placé, les quatre valets paraissent tels qu'ils sont représentés dans les cartes. Us tiennent chacun leur hallebarde, avec laquelle ils font des figures très agréables, pour mettre tout en ordre avant rentrée des rois qui se fait de cette manière. Le valet de trèfle paraît le premier, la hallebarde sor l'épaule. Il précède le roi de cette couleur qui mène la dame par la main, dont la queue est portée par un esclave représentant la paume. On voit ensuite le valet de cœur, faisant faire place au roi qui mène la dame, dont la queue est portée par un esclave qui représente le jeu des dames et du trictrac. Le valet, le roi et la dame de pique, viennent après, faisant la même figure que les précédents, et la queue de la dame est portée par un esclave représentant le jeu de dés. Le valet, le roi et la dame de carreau, se font voir ensuite dans le même ordre; et l'esclave qui porte la queue de la dame, représente le jeu du billard. Toute cette troupe ayant fait le tour du théâtre, se range en demi-cercle. Après quoi le roi de trèfle prend la dame par la main, ets'avaoçaot avec elle, il lui adresse en chantant les paroles qui suivent :

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