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SCÈNE XI

MADAME JOBIN, LA MARQUISE, DAME FRAN- ÇOISE, vêtue en dame et extraordinairement enfUe^ MATHURINE.

DAME FRANÇOISE, ù la marquise. Madame, votre réputation est si grande, que je suis venue vous prier...

LA MARQUISE

Vous vous méprenez, madame, ce n'est pas moi qui suis madame Jobin.

DAME FRANÇOISE

Pardonnez-moi, je suis si troublée du mal que je souffre...

LA MARQUISE, à madame Jobin,

Guérissez-la, vous ferez une belle cure, et après cela il y aura bien des gens qui croiront en vous.

MADAME JOBIN

J'en viendrais peut-être plus aisément à bout que les médecins.

DAME FRANÇOISE

Je n'en doute point. Je les ai presque tous consultés, et même ceux de la faculté de Montpellier, mais ils ne connaissent rien à mon mal, et ils

disent qu'il faut que ce soit un sort qu'on m'ait donné.

MADAME jonm.

Il y a bien de Tappareace.

DAMB FRANÇOISE.

Faites quelque chose pour moi. On m'a dit que vous ne saviez pas seulcmeot deviner, mais que vous guérissiez quantité de maux avec des paroles.

MADAME JOBIN

Le vôtre est un peu gaillard.

DAME FRANÇOISE

Je ne demande pas que vous me désenfliez tout à fait, je ne veux qu'un peu de soulagement. LA MARQUISE, à madame Jobin.

Vous ne devez pas refuser, madame. Ce ne sera pas une chose si difficile pour vous que de la guérir. On en publie de bien plus surprenantes que vous avez faites.

MADAME JOBIN, à ta marquise .

Dites le vrai. Celle-ci vous paraît au-dessus de mon pouvoir?

LA MARQUISE

4'avoue que je vous croirai une habile femme si vous faites un pareil miracle.

MADAME JOBIN

Il faut vous en donner le plaisir. Aussi bien il y a de la charité à ne pas laisser souffrir les affligés.

LA MARQUISE

Quoi, vous guérirez cette enflure en ma présence?

MADAME JOBIN

En volre présence, et vous Tallez voir. Je prétends qu'avant que madame sorle d'ici, il ne lui en reste pas la moindre marque.

LA MARQUISE

C'est dire beaucoup.

DAME FRANÇOISE, à madame Jobin.

Eh! Madame, ne me promettez point ce que vous ne sauriez tenir. Il y a plus de trois ans que le mal me tient, et je serais bien heureuse si vous m'en pouviez guérir en trois mois. Les médecins et les empiriques y ont employé tous leurs remèdes.

MADAME JOBIN

Je vais vous faire voir que j'en sais plus qu'eux. Mais il faut que vous trouviez quelqu'un assez charitable pour recevoir votre enflure; car, comme elle vient d'un sort qui doit avoir toujours son efl'et, je ne puis la faire sortir de votre corps qu'elle ne passe dans celui d'un autre, homme ou femme, comme vous voudrez, cela ne m'importe.

LA MARQUISE, à madame Jobin,

Vous vous tirez d'afl'aires par là. Personne ne voudra recevoir l'enflure, vous en voilà quitte.

DAME FRANÇOISE

C'est bien assez que vous ne me sachiez guérir, il ne fallait pas vous moquer encore de moi.

LA DEVINERESSE, ACTE II, SCÈNE XII

MADAME JOBIN

Je ne me moque point de vous. Trouvez quelqu'un, et je vous désenfle.

DAME FRANÇOISE

Où le trouver? Il ne tiendrait pas à de l'argent. Si votre servante veut prendre mon mal.

MATHURINE

Moi, madame? Je ne le ferais pas quand vous me donneriez tout votre bien. Qu'est-ce qu'on croirait, si on me voyait un ventre comme le vôtre? On ne dirait pas que ce serait votre enflure.

LA MARQUISE

Vous avez une fille d'ordre, elle craint les médisants.

MADAME JOBIN

Il n'y a ici que des gens d'honneur.

LA MARQUISE, à dame Françoise,

Je voudrais voir cette expérience. Ne connaissezvous personne que pût se laisser gagner. On fait tant de choses pour de l'argent.

DAME FRANÇOISE

Je chercherai. Mais il faut du temps pour cela. Attendez. J'ai là-bas le valet de mon fermier. Pcutôlre voudra-t-il bien faire quelque chose pour moi.

LA MARQUISE

Vite, qu'on appelle le valet du fermier de madame.

MATHURINE

J'y]cours. '

MADAME JOBIN

Si ce valet veut, je ne demande qu'un demiquart d'heure, et madame se trouvera désenflée.

LA MARQUISE

Je le croirai, quand je l'aurai vu.

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