SCÈNE VII MADEMOISELLE DU BUISSON, MADAME JOBIN
MADEMOISELLE DU BUISSON
Dites le vrai, madame Jobin, je suis accourue bien à propos.
MADAME JOBIN
J'avoue que si vous fussiez venue un moment plus tard , j'eusse donné jusqu'au bout dans l'enlèvement. Comment deviner qu'ils me faisaient pièce? Je n'avais pas assez examiné le marquis dans son habit de laquais pour le reconnaître en cavalier. Vous m'aviez dit que vous accompagneriez la comtesse quand elle viendrait masquée. Je ne voyais personne avec elle, elle parlait languedocien. C'étaient bien des choses pour ma prétendue magie.
MADEMOISELLE DU BUISSON
Il faut que ce fâcheux de marquis l'ait persécutée pour venir pendant que j'étais dehors. J'ai su, en rentrant, qu'elle avait changé d'habit, et qu'elle était sortie avec lui dans son carrosse sans aucune suite. Cela m'a donné du soupçon; je n'ai point douté que ce ne fût pour venir masquée chez vous. Jugez si j'ai perdu du temps.
Il n'en est que mieux que la chose ait ainsi tourné.
MADEMOISELLE DU BUISSON
Je tiens le mariage rompu. Ma maîtresse n'en veut déjà plus recevoir de visites.
MADAME JOBIN
Ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'une dame me paie pour empêcher le mariage du marquis, et que le marquis emploie bonnement cette même dame pour me venir éprouver.
MADEMOISELLE DU BUISSON
Il est tombé en bonne main. Je crois voir quelqu'un. Adieu, je m'échappe. Vous aurez toujours de mes nouvelles dans le besoin.