‹ Théatre completChapitre 1423 sur 1461 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MADAME JOBLN, LE MARQUIS, GOSSELIN, déguisé en diable.

LE MARQUIS

Je ne sais ce que vous avez fait à une dame qui sort d'ici, mais je l'ai trouvée toute éperdue sur votre escalier, et si son conducteur ne la soutenait, elle aurait peine à gagner la porte.

MADAME JOBIN

Elle a été curieuse, et il a fallu la satisfaire.

LE MARQUIS

J'avoue qu'on a besoin de fermeté avec vous.

MADAME JOBIN

Il faut que vous en ayez fait provision, puisque vous vous hasardez à revenir.

LE MARQUIS

Vous m'avez si fortement répondu que ma vie ne courait aucun danger, que je reviens sur votre parole.

MADAME JOBIN

Oui, mais il est certain que vous aurez peur. Songez-y bien pendant qu'il est temps.

LE MARQUIS

Il faut que je vous confesse la vérité. Je fus un peu effrayé de ce qui parut hier devant moi. Vous le remarquâtes, et la honte qui m'est demeurée de ma faiblesse me fait chercher à la réparer.

MADAME JOBIN

Vous ne serez peut-être pas plus ferme aujourd'hui que vous ne le fûtes hier. La vue du diable est plus terrible qu'un corps par morceaux.

LE MARQUIS

J'ai promis de vous donner cent pistoles si vous pouviez me le faire voir, je vous les apporte. Si je tremble, j'aurai au moins l'avantage d'avoir vu ce que mille gens sont persuadés qu'on ne saurait voir.

MADAME JOBIN

Si vous m'en croyez, gardez votre bourse. Vous voyez que je ne suis pas intéressée.

LE MARQUIS

Est-ce que vous ne pouvez me tenir parole?

MADAME JOBIN

Je ne le puis ? Moi ? (Elle fait de* cercles et dit ful* ques paroles.) Donnez votre argent. On ne fait pas venir le diable pour rien.

LA DEVINERESSE, ACTE Y, SCÈNE VI

LB MARQUIS

Cela est fort juste. Prenez.

MADAME JOBIN

Vous allez voir un des plus redoutables démons de tout l'enfer. Ne lui marquez pas de peur.

LB MARQUIS

Je ferai ce qui me sera possible pour n'en point avoir.

MADAME JOBIN

Regardez ce mur. Est-il naturel, bon, dur, et bienfait?

LB MARQUIS

U a toutes les qualités d'un bon mur, mais pourquoi me le faire regarder?

MADAME JOBIN

C'est par là que le diable va sortir, sans qu'il y fasse la moindre ouverture.

LE MARQUIS

J'ai peine à le croire.

MADAME JOBIN

Allons, Madian, par tout le pouvoir que j'ai sur vous, faites ce que je vous dirai. Montrez-vous. (Monsieur Goaelin commence à paraUre vêtu en diable,)

LE MARQUIS

Ah! que vois-je là?

MADAME JOBIN

Quoi ! vous détournez les yeux? Si vous voulez, nous finirons là.

LE MARQUIS

Non, quand j'en devrais mourir de frayeur, je veux voir ce qu'il deviendra.

MADAME JOBIN

Je le retenais afin qu'il ne pût avancer vers vous. Ici, Madian, je vous l'ordonne. Vous reculez dès le premier pas qu'il fait? J'ai pitié de vous, je m'en vais lui commander de disparaître.

LE MARQUIS, arrêtant M, Gostelin et lui prêtentant U pistolet.

Parle, ou je te tue. Qui es-tu?

Qu'osez- vous faire? Vous êtes perdu.

LE MARQUIS

Je me connais mieux en diables que vous. Parle, te dis-je, ou bien tu es mort.

MADAME JOBIN

(// tort des éclairs des deux côtés de la trappe,) Vous allez périr.

LE MARQUIS

Votre enfer ridicule ni tous vos éclairs ne m'étonnent pas. Si tu ne parles, c'est fait de toi.

M. G0SSEL1N.

Quartier, monsieur, je suis un bon diable.

LE MARQUIS

Ah! fourbe de Jobin, je savais bien que je viendrais à bout de t 'attraper. Il faut dire la vérité, autrement...

MADAME JOBIN

Laissez-le aller, monsieur, vous ser^z content de moi.

LE MARQUIS

Non, je ne le laisse point échapper que je ne sois éclairci de tout. Veux-tu parler? Je tuerai le diable.

M. GOSSBLIN.

Eh! Monsieur, je ne suis qu'un pauvre procureur fiscal. Que gagneriez-vous à me tuer?

Le diable, un procureur fiscal !

MADAME JOBIN

Ne faites point de vacarme, je vous en prie. On m'a payée pour empêcher votre mariage, voilà pourquoi je cherchais à vous tromper.

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