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BRADAMANTE, ACTE II, SCÈNE VI

C'estYOus, mon cher Hyppalque, Hyppalque est en ROGER. [ces lieux?

J'y viens être témoin de la nouvelle gloire Que répandra sur vous une illustre victoire. Pour voir rendre justice à votre hommage offert, J'apprends qu'en ce grand jour le champ vous est

[ouvert.

Des soinsqueceprojetdepuislongtempsvous coûte, Le prix a tant d'appas...

LÉON

Le prix est grand, sans doute ; Mais pour en bien juger, il faudrait comme moi, De l'excès de l'amour s'être fait une loi. Avoir senti longtemps le charme qui m'enchante. Ah !Si vous connaissiez toutce qu'est Bradamante, Si vous-même aviez vu quels nobles sentiments De son cœur généreux règlent les mouvements !

ROGER

Par votre attachement je vois tout son mérite ; Et lorsque sa conquête au combat vous invite Votre amour...

LéON.

Quil doitm'être et doux et glorieux.

S'il triomphe aujourd'hui, que ce soit à vos yeux ! Mais je veux avec vous bannir toute contrainte.

ROGER

Suis-je si malheureux que...

LÉON

Parlez-moi sans fein te.

Une étroite amitié s'est formée entre nous. Ce qu'elle peut sur moi, le peut-elle sur vous?

ROGER

Vous n'en sauriez douter sans me faire un outrage. Seigneur, et s'il s'agit, par un prompt témoignage. D'affronter cent périls...

LÉON

Vous pouvez m'obliger, Mais n'appréhendez point de vous trop engager.

ROGER

Quel service assez grand pour vous me peut suffire ? Je dois à vos bontés le jour que je respire; Sans votre heureux secours une cruelle mort^ Par une main infâme eût terminé mon sort. Pour payer ce bienfait, expliquez-vous, de grâce. Ordonnez, il n'est rien que pour vous je ne fasse. J'en jure par la foi qu'en ce que j'ai promis L'honneur me fait garder jusqu'à mes ennemis; Elle est inviolable.

LEON

Après cette assurance.

Je vais vous faire voir quelle est ma confiance. J'aime,etprêt d'entreprendre un importantcombat. Quand je vois contre qui mon cœur tremble et s'abat , Pourm'épargnerce trouble et finir mes alarmes. Il faut, Hyppalque, il faut vous cacher sous mes ar-

[mes.

Combattre Bradamante, et contre elle en ce jour Par un heureux triomphe assurer mon amour. Je mets entre vos mains tout l'espoir de ma vie.

ROGER

De trop d'aveuglement votre estime est suivie. Quoi, seigneur, si l'amour fait votre unique bien, Sur ma faible valeur...

LÉON

Je ne hasarde rien.

Qui dans un camp vaincu ramène la victoire. Ne peut pour mon amour combattre qu'avec gloire. Vous m'avez tout promis.

ROGER

Seigneur, pensez-y mieux; H faut de ce combat sortir victorieux, Et par où plus qu'à vous me sera-t-il facile...

LÉON. [le?

Necomptez-vous pour rien d'avoir lecœurtranquil- Comme vous n'aimez point, demeurant tout à vous. Vous saurez ménager l'adresse de vos coups; Mais un amant peut-il attaquer ce qu'il aime, Sans qu'il sente aussitôt une frayeur extrême? Si la gloire du prix a de quoi l'animer, Sa main par son amour se laisse désarmer. Au moindre coup qu'il porte, il croit commettre un La défense lui semble à peine légitime, [crime, 11 recule, il s'étonne, et son timide cœur Ne saurait se résoudre à vaincre son vainqueur.

ROGER. [me.

L'ardeur de vous servir m'y fait voir un doux char- Mais, seigneur, l'amitié comme l'amour s'alarme, Et malgré tout mon zèle, il se peut que ma main...

LÉON

Non, si vous combattez, mon bonheur est certain ; Bien ne peut empêcher le succès que j'espère. Enfin, mon cher Hyppalque, il faut tte satisfaire, Je l'attends, le demande, et ne veux être heureux, Que quand je tiendrai tout d'un ami généreux.

ROGER

Encore un coup, seigneur, l'amitié trop facile Vous fait croire de moi...

LÉON

L'excuse est inutile, Je n'écoute plus rien, et vais faire apprêter Les armes que mon nom vous engage à porter.

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