SCÈNE VI MARPHISE, LÉON, ISMÈNE
MARPHISE
Prince, on veut vous nommer invincible.
Aux plus vaillants guerriers qu'on ait ouï vanter, Jusqu'ici Bradamante avait su résister; Et puisqu'elle vous cède, on a sujet de croire Qu'avec vous en tous lieux vous traînez la victoire, Elle vous est soumise, et vous lui commandez.
LÉON. [dés;
L'amour sur tous les cœurs a des droits bien fon- Et brûlant d'une flamme aussi pure qu'ardente, J'ai dû l'avoir pour aide à vaincre Bradamante.
MABPHISE.
Elle est votre conquête, et se donnant à vous. Sans doute, elle remplit ses désirs les plus doux. Mais avant le défi qu'on lui permit de faire. Elle était engagée à Roger, à mon frère, Il l'aime; etje prétends» les armes à la main. Quand votre hymen s'apprête, en rompre le des- LÉON. [sein.
Je dois peu redouter cette fière entreprise, [phise; Lorsqu'on vainc Bradamante, on peut vaincre Mar- Et s'agissant pour moi d'un bien si plein d'appas. Tout l'univers armé ne m'étonnerait pas; Mais contre cet hymen ma surprise est extrême De ne voir pas Roger se déclarer lui-même. J'apprends qu'il est ici. Qu'il se montre, il est beau Que par lui mon triomphe ait un éclat nouveau. A l'objet de mes vœux s'il ose encor prétendre. S'il y garde des droits, qu'il vienne les défendre. Comme c'est un rival digne de ma valeur. Je l'accuse déjà de trop peu de chaleur, Et crois ne pas jouir assez de ma victoire. Tant qu'il laisse manquer sa défaite à ma gloire.
MARPHISE
A l'espoir d'un vainqueur tout semble être permis. Mais cet espoir pourrait vous avoir trop promis. Marphise que jamais le péril n'épouvante, Saura mieux résister que n'a fait Bradamante ; Et Roger, dont l'amour pressera le courroux, PI us que Marphise encore esta craindre pour vous.
LÉON
Si l'ardeur du courage à l'amour se mesure.