‹ Théatre completChapitre 1448 sur 1461 · LÉON, ROGER · texte numérisé non relu

LÉON, ROGER

LEON

Quoi, pour vous obliger à cette complaisance, Hyppalque, il a fallu vous faire violence, Et pour fuir de ces lieux, et partir sans me voir. Vous aviez des raisons que je ne puis savoir?

ROGER

Goûtez, seigneur, goûtez votre heureuse fortune, Ma présence ne peut que vous être importune; Et je dois à jamais vous laisser ignorer Les funestes chagrins qui me vont dévorer. Vous m'aimez; j'évitais, en partant sans rien dire. De vous voir inquiet des maux dont je soupire; Et si je n'eusse appris qu'assuré de ma foi. Vous vouliez d'un secret vous reposer sur moi, Je vous eusse épargné le souci que vous donne Le fatal désespoir où mon cœur s'abandonne. J'allais du ciel ailleurs implorer la pitié.

LÉON

Cet injuste dessein blesse notre amitié. S'il n'est point de remède au mal qui vous accable. Du moins quand on est plaint, on est moins miséra- Et vous ne doutez pas que Léon tout à vous, [ble ; Du sort qui vous poursuit ne ressente les coups. Mais aussi je voudrais vous voir un peu de joie Lorsque du ciel sur moi la faveur se déploie. Charmé de Bradamante, enfin voici le jour Qui va par son hymen couronner mon amour; Et puisque je vous dois cette illustre conquête,

Daignez être témoin de cette grande fête. Quelques maux où vous livre un destin rigoureux. Vous le sentirez moins en me voyant heureux.

ROGER

Ah! Vous ne savez pas dans l'extrême souffrance. Ce qu'est un malheureux qui n'a plus d'espérance. Tout lui déplaît, le blesse, et trouble sa raison. Du bien qu'obtient un autre il se fait un poison. Vous méritez celui que le ciel vous envoie; Mais, seigneur, si j'étais témoin de votre joie. Je sens bien que ces maux que vous voulez flatter Ne feraient près de vous en cor que s'augmenter. Soufi'rez donc qu'afl'ranchi d'un supplice si rude. Je les aille traîner dans quelque solitude. Infortuné rebut et du monde et du sort. Je n'ai pour les finir de recours qu'à la morL

LÉON

Ne vous en croyez point; notre première idée De ce qui la saisit vivement possédée.

Par un accablement où l'esprit se confond, [sont. Nous peint toujours nos maux plus fâcheux qu'ils ne Ainsi, mon cher Hyppalque, obtenez de vous-même D'écouter les conseils d'un prince qui vous aime. Dites-moi ce qui peut troubler votre bonheur. Quand je le connaîtrai, peut-être...

ROGER

Non^ seigneur, Laissez-moi mon secret, tout m'oblige à le taire, Et s'il est vrai qu'encor je vous sois nécessaire, Voyez ce que je puis, et me dites en quoi Vous avez résolu de vous servir de moi.

LÉON

Je devrais comme vous, bornant ma confiance. Sur d'importants secrets me forcer au silence ; Mais le temps vous fera connaître votre erreur. J'achève cependant de vous ouvrir mon cœur. Sur deux fiers ennemis j'ai besoin pour ma gloire Que votre heureux secours étende ma victoire. L'un que je dois combattre aux périls affermi...

ROGER

C'en est assez, seigneur, nommez cet ennemi.

Son nom vous le fera paraître redoutable;

Mais Pamour rend mon cœur de trembler înca-

C'est Roger. [pable.

ROGER

Roger?

LÉON

Oui, ce rival orgueilleux Croit pouvoir mettre obstacle au succès de mes Et Marphise avec lui par les armes s'apprête [feux; A prouver que j'ai fait une injuste conquête. Allons, mon cher Hyppalque, allons leur faire voir Que nous savons confondre un téméraire espoir; Faisons qu'un sort heureux suive leur entreprise. Je combattlrai Roger, vous combattrez Marphise. Mais d'où vous vient ce trouble, et qu'en puis-je

Ùuger?

0 ciel! Pourriez-vous craindre ou Marphise ou Roger?

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