SCÈNE II LÉON, ROGER
LÉON
Je romps votre entretien, et peut-être à ma honte,
Du cœur de Bradamante on vient vous rendre comp- Je ne demande pointquels sont ses sentiments, [te. Je sais ce que l'amour inspire aux vrais amants; Et comme vous, sans doute, elle fait son suppliée Du bonheur dont le ciel consent que je jouisse.
ROGER
Je l'avouerai, seigneur, sans vous reprocher rien, Son malheur serait grand s'il approchait du mien. Je ne vous en fais point la funeste peinture, Vous ne savez que trop ce qu'il faut que j'endure, Moi, qui du plus beau feu dès longtemps consumé, M'arrache à ce que j'aime, et suis sûr d'être aimé.
LEON
Dans les maux que vous co ûte u n destin si contraire, Si mon sang peut avoir de quoi vous satisfaire, Je vous estime assez pour vouloir accepter Le défi que pour vous on m'est venu porter. Mais, avant que mon bras remplisse votre attente, Je dois voir terminer l'hymen de Bradamante ; Le duc Aimon, son père, en a reçu ma foi. L'hymen fait, j'y consens, armez-vous contre moi ; J'ouvrirai la carrière, et, quoique la victoire Vous puisse en ce combat promettre quelque gloire, Peut-être alors, peut-être...
ROGER
Ah! N'appréhendez pas Quemon malheur me donne u n cœur lâche, un cœur
[bas.
Malgré tout ce que peut l'ennui qui me tourmente, J'aime et respecte trop l'illustre Bradamante, Pour oser me permettre, en de si rudes coups, Le criminel dessein d'attaquer son époux. Mon juste désespoir a d'autres lois à suivre. Voir son hymen, suffit pour achever de vivre. Je saurais mal aimer, si, pour finir mes jours, Ma douleur n'était pas un assez prompt secours.