SCÈNE V ROGER, BRADAMANTE, MARPHISE, DORAUSE
MÂRPHISE.
Enfin, mon frère, enfin, après tant d'injustice
Vos malheurs vont cesser, le ciel vous est propice.
Pour servir votre amour, Léon avec éclat
A publié partout le secret du combat.
Mais c'est peu qu'à vos vœux il cède Bradamante,
Il faut, pour l'obtenir, que son père y consente ;
Vous craignez ses refus, cet obstacle est levé.
ROGER
0 ciel! Pour ce bonheur je serais réservé? Aimon à mon amour se rendrait favor£^)]e?
BRADAMANTE
D'un pareil changement mon père est incapable. Léon m'eût mise au trône ; il ne pourra souffrir Qu'à moins d'une couronne on puisse m'acquérir.
MARPHISE
Aussi, lorsqu'il consent qu'à Roger on vous donne. C'est parce que Roger obtient une couronne.
ROGER
Que dites-vous, ma sœur?
MARPHISE
Qu'un grand peuple par moi Vous jure un plein hommage, et que vous êtes roi.
BRADAMANTE
Roger aurait acquis la grandeur souveraine?
MARPHISE
n n'est rien de si haut où la vertu ne mène. Quand contre Constantin, par de si prompts effets. Sa valeur rétablit les Bulgares défaits, Un des siens arrêté leur ayant fait connaître, [Ire, Avecque son vrai nom, quels lieux l'avaient vu naï- Ces peuples, dont son bras avait calmé leffroi, Pour réparer par lui la perte de leur roi. Charmés du souvenir de sa guerrière audace. Sont venus le chercher, et l'ont mis en sa place.
BRADAMANTE
Par ce choix glorieux il vous doit être doux. Que d'un bonheur parfait..
ROGER
Je n'en connais qu'en vous; Et, s'il est vrai qu'Aimon dans mes vœux me seconde, Madame, j'aurai plus que l'empire du monde, [foi... Mais, ma sœur, vous croirai-je, et puis-je ajouter
MARPHISE
Non, ne m'en croyez pas, mais croyez-en le roi ; Il vous mande, on vous cherche, et j'ai voulu moi- ROGER, à Bradamante, [même...
Si vous doutez encor de mon amour extrême, Madame, venez voir avec combien d'ardeur Je joins une couronne à l'offre de mon cœur.