SCÈNE I D. ALVAR, GUZMAN
D. ALVAR
OÙ l'as-tu donc laissé ?
GUZMAN
Seul avec sa folie.
Dans sa chambre enfermé, non sans mélancolie : Il a, comme la mer, son flux et son reflux, Tantôt il en veut bien, tantôt il n'en veut plus.
D. ALVAR
Ce beau-père obstiné le tient bien en cervelle!
GUZMAN
Si pour le satisfaire il épouse Isabelle, Il craint ce dont à peine on échappe en ce cas ; Il craint d'être battu s'il ne l'épouse pas; Et prévoit de tout sens si maligne influence, Que contre son étoile il peste d'importance : Je l'ai pourtant contraint enfin de faire choix.
D. ALVAR
Et c'est?
GUZMAN
De se laisser assommer mille fois, Plutôt que passer outre à la cérémonie.
D. ALVAR
Tu me donnes, Guzman, une joie infinie.
GUZMAN
Si je n'eusse bien su l'empaumer à propos. Vous en teniez pourtant, il eût dit des fins mots; Mais encor que chacun cherche qui lui ressemble. Il croit qu'elle étant folle, ils seraient mal ensemble : Sur ma parole seule il change de dessein.
O. ALVAR
Aussi crois...
GUZMAN
De cela nous parlerons demain.
Venons à ce qui presse. Enfin, votre Isabelle I
D. ALVAR
Ah, Guzman! Je l'adore.
GUZMAN
Êtes-vous aimé d'elle?
D. ALVAR
Assez pour avoir lieu de croire que son cœur Est le prix du beau feu dont je ressens l'ardeur.
Vous l'avez détrompée, et votre paix est faite ?
D* ALVAR
Léonor cette nuit l'a tenue inquiète;