D. GARCIE, D. BERTRAND, D. ALVAR, ISABELLE, JACINTE, GUZMAN
D. BERTRAND
Or SUS, futurs époux, Vous promettez-vous pas une foi réciproque?
D. GARCIE
Mon gendre don Alvar?
I D. BERTRAND
I Ah I don Alvar vous choque?
j Qu'y trouvez-vous à dii»e? 11 est beau, doux, bénin, , D'assez belle encolure, et de plus, mon cousin,
Cette qualité seule est assez noble et haute;
Il est vrai qu'il est gueux, mais ce n'est pas ma faute
Son père avait du bien jadis, et...
D. GARCIE
Brisons là, Il n'est pas maintenant question de cela. Vous m'avez demandé ma fille en mariage?
D. BERTRAND
Oui.maisje n'en veux plus puisqu'elle n'estpas sage. Elle aime mon cousin, mon cousin l'aime aussi; Qu'il l'épouse s'il veut, j'en prends peu de souci.
D. ALVAR, à D. Bertrand qu'il tire à quartier. Je pourrais la connaître, et la trouver charmante? Je pourrais soupirer pour une extravagante. Qui s'ose imaginer qu'au péril de mes jours J'ai su contre un taureau lui prêter du secours?
D. BERTRAND
Quoj, cela n'est pas yrai?
D. ALVAR
Non, c'est pure folie Qui lui met en l'esprit qu'elle me doit la vie, Et cela va si loin, qu'enfin il m'a fallu Accorder malgré moi tout ce qu'elle a voulu, Et flatter son esprit de quelque espoir frivole.
GUZMAN, à D. Bertrand, Je vous l'avais bien dit, monsieur, qu'elle était folle.
D. BERTRAND
Ahl Guzman, je croyais que tu m'eusses fourbe.
GUZMAN
Vous voilà cependant sottement embourbé, Cet obstiné vieillard n'entend point raillerie.
D. BERTRAND, â D, Àlvar,
N'importe, épousez-la, cousin, je vous en prie.
o. ALVAR.
Qu'en ferais-je sans bien?
D. BERTRAND
J'aime mieux tous les ans M'obliger par contrat à vous donner cent francs.
p. ALVAR.
L'offre est avantageuse.
Au moins il me le semble
D. GARCIE
Cest être trop longtemps à consulter ensemble. Je veux avoir réponse.
D. BERTRAND
Ah ! vieillard sans pitié.
D. GARCIE
En un mot, de vos biens donnez-lui la moitié, Je consens en ce cas qu'il l'épouse, s'il l'aime; Sinon, résolvez-vous à l'épouser vous-même. Je vous laisse le choix.
D. BERTRAND
La moitié de mon bien?
Guzman, le cœur m'en saigne.
DON BERTRAND DE GIGARRAL, ACTE V, SGÈNE XU.
GUZIIAN.
Aussi me faille mien; Mais si vous Tépousez, pensez aux conséquences.
D. BRRTRAND.
Ty peose, j'y repense, et plus que tu ne penses; El je trouve, après tout, qu'il est fort à propos Que je ne fasse point nombre parmi les sots : Déjà la confrérie est assez belle et grande, Sans m'allerde surcroît mettre encor de la bande. Jesuis vieux, elle est jeune, et n'a pas l'esprit droit, Et si j'en réchappais, le diable s'en pendrait.
D. GARCIB, à D, Bertrand.
Enfin votre dessein...
D. BBRTRAND.
Vous avez grande hâte, Laissez-moi prendre avis, rien encor ne se gâte.
D. GARCIE
Cesi trop délibérer.
D. BERTRAND
Ah! le pressant grison Qui fait le raisonnable, et parle sans raison ! Puisqu'aussi bien pour nous c'est u n mal nécessai re, Taimerais mieux avoir deux femmes qu'un beau- Avccque bouche à cour, et deux mille ducats, [père. Je crois que mon cousin ne vous déplaira pas, De pareil revenu j'ai certain héritage [rage,
Ooe je lui donne en propre, et dont pourtant j'en- Jfais je mérite bien qu'on rie à mes dépens.
D. GARCIB.
A ces conditions nous sommes tous contents.
D. BERTRAND, à D. Alvar.
\ous Vêtes donc aussi?
D. ALVAR
Pour avoir lieu de l'être
Sa folie est trop grande, et se fait trqp paraître, J'aurai bien à souffrir d'un esprit si léger; Mais pour vous satisfaire et pour vous obliger...
D. BERTRAND
Si, jeune, vous craignez son esprit peu traitable, Vieux, elle me ferait donner cent fois au diable : Pour m'en débarrasser donnez-lui votre foi.
D. ALVAR, à D, Garde, Cet ordre à mon amour est une douce loi ; Mais si vous n'approuvez le beau feu qui m'anime...
D. GARGTE.
Pour ne pas l'approuver, j'ai pour vous trop d'estime Et si de l'intérêt écoutant la chaleur...
D. ALVAR
De grâce, oublions tout.
D. BERTRAND, regardant de toiu cô'és.
Je ne vois point ma sœur.
Je crois de cet hymen qu'elle est peu réjouie.
GUZMAN
Je pense bien plutôt qu'elle est évanouie, L'hôtesse tout à l'heure appelait au secours.
D. BERTRAND
Le chien et le sot mal qui la prend tous les jours!
D. GARCIE
Allons voir ce que c'est.
D. ALVAR, à habelle,
Puis-je espérer, madame.
D. BERTRAND, revenant après avoir fait quatre ou cinq pat
pour «Vu ailer^ et séparajit D, Alvar d*avec habelle. Peut-être que ma sœur est prête à rendre l'âme, Et vous voulez ici faire le gracieux?
D. ALVAR
Suivons, et devant lui ne parlons que des yeux.