L'AMOUR A LA MODE, ACTE III, SCÈNE II
Mais d'un étrange mal je sens la rude attaque.
ORONTB.
De quel mal?
CLITON
Mon honneur est hypocondriaque; Et ce mal d*autant plus me tient avant au cœur, Qaepeu de médecins savent guérir l'honneur.
ORONTB.
]e le crois; mais, Cliton, confesse-moi la dette, To le fâches de voir que je serve Lisette !
CUTON.
Ab contraire, monsieur, si je suis en courroux, Cestbien plutôt de voir qu'elle se sert de vous.
ORONTB.
Simple, ne vois- tu pas que c'est ton avantage Oo'à SCS perfections je daigne rendre hommage, Qoepar là son mérite est en un plus heau jour. Et que ma passion ennoblit ton amour?
CUTON.
Cestceque j'appréhende, et que, par votre adresse, Vous nem*alliez donner des lettres de noblesse, fti peu d'ambition, monsieur, et franchement Je me passerais bien de Tennoblissement.
Cest fort mal reconnaître une faveur si grande.
CLITON
Vous m'en faites cent fois plus que je n'en demande.
ORONTB.
Vt, ne te fâche point, avant qu'il soit huit jours, ie pourrai te laisser paisible en tes amours; Ce temps en ma faveur fera bien des miracles. Et de ma part alors tu n'auras plus d'obstacles.
CLlTON.
Tandis, pour m'obliger jusques à ce beau jour. Vous me ferez l'honneur d'ennoblir mon amour? k vous devrai beaucoup.
ORONTB.
Plus que tu ne peux croire.
CLITON
V(» générosités vous mettront dans l'histoire.
ORONTB.
QitoD, sans la flatter, Lisette a des appas, Dont, qaelque effort qu'on fasse, on ne se défend A toute autre beauté mon amour la préfère, [pas; Et comme elle me plaît autant qu'elle peut faire, Crois que c'est en user assez modestement Qoede te l'emprunter pour huit jours seulement.
CLITON
Pwsqoe vous y trouvez de si grands avantages, l^ez-Ia pour toujours, et redoublez mes gages, ânssi bien d'aujourd'hui j'en suis fort dégoûté : Voosavez à tel point enflé sa vanité, Qoepar mépris la gueuse oubliant sa promesse, !<(e m*a point averti du nom de sa maltresse.
ORONTB.
Quoi, maraud, est-ce là le respect que tu dois A celle dont mon coeur pour aimer a fait choix?
CLrroN.
Ah, j'ai tort, mais, monsieur, quoique je la révère
Comme un objet fameux pour avoir su vous plaire. Et qu'après le haut rang où votre amour la met, Je n'en doive parler que la main au bonnet. Si dans quelque logis jamais je la rencontre. Ou, qu'en passant chemin, le hasard me la montre. Ne puis-je point alors, en toute humilité. Avec tous les respects dus à sa qualité, Pour la remercier de ses humeurs gaillardes, Lui donner seulement trois ou quatre nazardes ?
ORONTE
Alors, tu pourras prendre avis de Ion courroux; Mais c'est ici le lieu de mes deux rendez-vous, Et je suis fort trompé si je ne vois paraître, Malgré l'obscurité, Lucie à sa fenêtre; Cliton, qu'elle me plaît!
CLITON
Mais Lisette encor plus?
ORONTB.
Non pas, quant à présent.
CLITON
Vous me rendez confus.
Pour le moins Dorotée...
Encor moins que Liselte.
CLITON
Je ne sais donc comment vous avez l'âme faite. Tout maintenant...
ORONTE
Vois-tu ? dans mon affection Je me repais fort peu d'imagination :
La beauté la plus vive et la plus éclatante Ne me chatouille plus sitôt qu'elle est absente. Mille attraits surprenants pourront m'avoir blessé, Qu'à trente pas de là c'est autant d'efl'acé ; Du moindre éclat présent mon âme possédée Ne conserve aucun trait de sa première idée ; Et comme quelque objet dont je suive la loi. Je ne l'aime jamais que pour l'amour de moi, Mon cœur prend aisément une forme nouvelle. Et celle que je vois est toujours la plus belle.
CLITON
Donc, Lisette cessant de s'offrir à vos yeux...
ORONTB.
Celles que je verrais me plairaient beaucoup mieux. Mais il faut s'avancer, et la voix adoucie. Montrer un cœur soumis aux charmes de Lucie.
CLlTON.
Quand vous faites dessein de lui parler si doux, Vous souvenez-vous bien que vous êtes jaloux ?
ORONTB.
Tu me fais à propos souvenir de mon rôle, Je vais sur le plaintif accorder ma parole.