SCÈNE V LUQE, ORONTE. LISETTE, CLITON
ORONTE
Je puis donc vous revoir, adorable Lucie ?
La joie en est commune, et c'est avec regret Que je vous vois quitter la douceur du secret : Vous étiez, je m'assure, en haute confidence?
ORONTE
Quoi, vous me soupçonnez de quelque intelligence. Et croyez sa rencontre un secret entretien? Clitonsait...
CLrroN.
Oui, mon maître est un amant de bien.
LUCIE, montrant Lîtette, Donc ce nouvel objet qui paraît à ma honte...
CLITON
Illui parlait d'amour,maisc'étaitpourmoncompte.
ORONTE
Si vous croyez ce fou...
Lucns.
Je sais ce queje voî.
Et suis bien résolue à n'en croire que moi.
ORONTE
Quoi donc,c'est tout de bon que vous jurez ma perte?
LUCIE
f.a persécution que pour vous j'ai soufferte. Quand un frère obstiné pour Fiorame aujourd'hui...
ORONTE
Aussi sans vanité vaux-je un peu mieux que lui,
L'obéissance irait à votre préjudice.
Et vous vous obligez en me rendant justice.
Gardez que pour punir votre présomption, Je n'ose enfin la rendre à son affection.
ORONTE
Quitte de trois soupirs à grossir l'ordinaire. Mais consultez-vous bien avant que d'en rien faire. Surtout de votre cœur obtenez-en l'aveu.
LUCIE
Quoi, ma perte en effet vous toucherait si peu ?
ORONTE
Quoi, vousvous trahiriez, et j'aurais la folie De me donner en proie à la mélancolie? S'en pique désormais qui voudra s'en piquer : La douleur hier au soir pensa me suffoquer. De Florame et de vous ayant su la pratique. Je vins au rendez-vous, confus, mélancolique, J'y pleurai, j'y gémis, soupirai de mon mieux. Et fis ce que je pus pour mourir à vos yeux ; Mais j'en trouve l'usage un peu trop incommode, Et tiens qu'il n'est rien tel que d'aimer à la mode.
LUCIE
Dîtes à votre mode, en trompeur, en ingrat.
ORONTE
L'amour en est plus gai, s'il est moins délicat;