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LES ENGAGEMENTS DU HASARD, ACTE II, SCÈNE VI

CLARIN.

Laissez-moi respirer. J*ai vu, je pense, un diable. Un certain don Félix, qui d'abord franc et net M'est venu régaler d'un plantureux soufflet.

D. FAORIQUB.

Un soufflet I Et je puis endurer cette honte?

CLARIN.

Je crois que le soufflet était pour votre compte. Car quand ma langue ensuite a voulu s'égayer, En petite monnaie il m'a bien su payer : C'est pourtant un, oui-da, c'est un, je n'ose dire...

D. CBSAR.

Et ton billet?

CLARIN.

Lui-même il a voulu le lire.

D. FADRIQUB.

Et tu Tas consenti fortamîablement?

CLARIN.

Qu'eussé*je fait, monsieur? il est sans compliment; C'était par charité ce qu'il en voulait faire. Ah ! si j'eusse eu le don de me mettre en colère.

D. FAORIQUE.

n t'a connu pour être à moi, traître, il l'a su ?

C'est pour cela, monsieur, qu'il m'a si bien reçu.

D. CÉSAR

Quoi, tu l'as pu nommer?

CLARIN.

Nommer, ou non, qu'importe?

Ne connaît-on pas bien les couleurs que je porte ?

D. FADRIQUB.

11 me croit son rival ?

CLARIN.

Son rival? Mille fois.

D. CÉSAR

Et pour le détromper tu n'as point eu de voix?

CLARIN.

J'ai parlé, j'ai crié; mais il est si farouche Qu'à mes dépens trois fois il m'a fermé la bouche : Et si je n'eusse pas promptement détalé, J'en avais tout au moins pour un bras avalé, Peste, comme il étrille !

D. CÉSAR

Il t'a battu?

CLARIN.

Moi-même :

Et si c'est par les coups que l'on montre qu'on aime. J'ai sujet de me croire au rang de ses amis; Il m'en a plus donné qu'il ne m'avait promis.

D. FADRIQUB.

Traiter un de mes gens avec tant d'insolence. Sachant qu'il m'appartient I Ah ! j'en prendrai ven- D. CÉSAR. [geance.

C'est à moi de la prendre, à moi de qui le front Est couvert d'infamie après un tel affront : II allait de ma part, et ce sanglant outrage Regarde seulement le maître du message : Seul je dois satisfaire à mon honneur blessé.

D. FADRIQUB.

Vous disputez en vain, je suis seul ofTensé : L'affront s'est fait au nom, et c'est moi qui le porte.

D. CÉSAR

Toujours sur un abus la vérité l'emporte. De qui que son audace ait menacé les jours, Il n'en veut qu'à celui qui trouble ses amours : Si je suis son rival, si j'adore Isabelle, A quoi bon vous armer pour ma propre querelle ?

CLARIN.

Mais plutôt, à quoi bon contester là-dessus ? Vous n'avez rien senti des coups que j'ai reçus. Et c'est moi seulement qu'il faut qu'on désafTronte : Bourrez-le donc tous deux, j'en prends sur moi la D. CÉSAR. [honte*

Quoi, lâche ! deux contre un?

CLARIN.

Vous aurez plus têt fait.

Qu'importe?

D. FADRIQUB.

Il faut sur l'heure en être satisfait.

Sais-tu son logis?

Non, de bon cœur je l'ignore.

D. CÉSAR

Quoi, dans votre dessein vous persistez encore?

D. FADRIQUB.

Quoi, je pourrais soufTrir qu'on m'osât outrager, Et je vous laisserais le soin de me venger ?

D. CÉSAR

Mais ce n'est qu'un rival que touche cette offense.

D. FADRIQUB, <Vii allant.

Hé bien donc, je le suis.

D. CÉSAR, seul.

II court à ma vengeance :

Mais, puisque mes raisons n'ont pu rien obtenir. Pour assurer ma gloire il faut le prévenir.

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