SCÈNE VIII
ORONTE, DOROTÉE, LUCIE et USETTE, dans l'appartement^ CLITON.
CUTON.
Quoi, monsieur?...
ORONTE
Oui, je te le promets.
J'y renonce, et Lisette est à toi désormais.
CLITON
De bon cœur?
ORONTE
De bon cœur, et sans réserve aucune.
t'AMOUR A LA MODE, ACTE V, SCÈNE Vm.
CLITON
Grand merci. Maintenant poussez votre fortune.
ORONTB, à Dorotée.
Quelque cher que me soit l'honneur que je reçoi, Je veux mal aux bontés que vous avez pour moi, Puisqu'attendu de vous, l'ou peut mettre en balaucc Si je viens par amour, ou bien par complaisance; Et que votre ordre exprès peut faire présumer Que c'est vous obéir, et non pas vous aimer. LISBTTK, paraitsant avec Lucie qu'elie oblige incontinent
de rentrer.
Un cavalier, madame, est encore avec elle; Demeurez.
LUCIE
C'est Oronte. Ah, l'ingrat, l'infidèle!
OOROTÉB.
Me surprendre d'abord avec ce compliment, C'est prévenir ma plainte assez adroitement. Vous-même, apprenez-moi ce qu'il faut que j'en ORONTE. [croie.
Vous le pouvez connaître à l'éclat de ma joie.
DOROTÉE.
J'en soupçonne l'adresse.
Avec peu de raison.
DOROTÉE.
Souvent un beau dehors cache une trahison.
ORONTB.
Pour plus de sûreté n'en croyez que vous-même. Consultez votre cœur, il sait si je vous aime.
DOROTÉE.
Il m'en fait donc secret?
ORONTE
Moins que vous ne pensez.
Si vous daignez l'entendre, il vous en dit assez; Et d'ailleurs, ce devoir dont mon amour s'acquitte...
DOROTÉE.
Peut-être étant forcé n'est pas de grand mérite.
ORONTE
L'hommage que je rends aux yeux qui m'ont blessé Passerait-il chez vous pour un devoir forcé ? Cet hommage si pur, sans mélange, sans tache. Et qui n'a rien en soi de honteux ni de lâche.
DOROTÉE.
Vous rélevez bien haut.
ORONTE
N'en ai-je pas sujet.
Puisque de mon amour vos vertus sont Fobjet, Qu'en vous est le motif qui fait que je vous aime. Et que c'est seulement à cause de vous-même?
Je puis donc m'assurer qu'il durera toujours, Ce rareet digne amour qui de moi prend son cours ; Car, encor que du temps le pouvoir soit extrême. Me peut-il faire enfin cesser d'être moi-même?
ORONTE
Aussi me feriez-vous un outrage mortel.
D'attendre moins de moi qu'un hommage éternel.
DOROTBB.
Vous en parlez, ce semble, avec tant de franchise, Que j'ai quelque sujet de craindre une surprise.
ORONTB.
Quoi, VOUS vous défiez de ma sincérité?
DOROTÉE.
On hasarde à tout croire avec légèreté.
ORONTB*
Mais un espoir fondé sur de si grands mérites Trahit qui le soutient en soufi'rantdes limites, [1 doit se tout promettre, et sur ce ferme appui, Prétendre à tous les cœurs qu'il croit dignes de lui.
DOROTBB.
C'est ainsi aussitôt que le vôtre soupire. Il se tient assuré de tout ce qu'il désire?
ORONTE
C'est ainsi que sans crainte et sans émotion Je vois briguer sous main votre inclination; Je vous rends mes respects, Éraste vous proteste, Vous avez de bons yeux, qu'ai-je à douter du reste?
DOROTBB.
Vos mérites vous sont un présage assuré D'emporter la balance, et d'être préféré.
ORONTB.
D'une et d'autre façon, je sais me satisfaire; Je me donne à l'objet dont le choix me préfère, Etquandl'heurd'un tel choix ne tombe point sur
[moi, L'on montre une âme basse, et je reprends ma foi.
DOROTÉE.
M'accuseriez-vous bien d'une telle bassesse, Et ce reproche adroit est-ce à moi qu'il s'adresse?
ORONTB.
Un peu trop de scrupule à votre amour est joint. Des termes si communs ne vous regardent point. Mais j'entends du bruit.
DOROTBB, contrefaisant t* étonnée.