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SCÈNE I FÉDÉRIC, FÉNISE, LAURE

FÉDÉRIC

ie TOUS blâmais à tort, si par cette surprise Le duc vous a pu voir sans connaître Fénise, Et j'en trouve à mes vœux le succès assez doux, Nâqa'elle a fait passer la duchesse pour vous.

FÉNISE.

Sans pouvoir m'en défendre, à lui parler réduite, /'ai SU sous ce faux nom éviter sa poursuite; Et cette erreur déjà l'ayant trompé deux fois. Le rend dans la duchesse amoureux de ma voix.

FÉDÉRIC

Pour le bien de l'État empêchons qu'il n'en sorte.

n faudra qu'à la fin la duchesse l'emporte ;

Et nous verrons céder avec facilité

Us charmes de la voix à ceux de la beauté.

(k D'éteint point un feu qu'un vpai mérite allume;

A la voir seulement faisons qu'il s'accoutume. Et n'appréhendons point, s'il s'en laisse charmer, Que pour la mieux connaître il cesse de l'aimer. Quoique sur son esprit son caprice ait de force, L'éclat d'une couronne est une douce amorce ; Et le droit d'un État où dispenser ses lois. Fait bientôt oublier la douceur d'une voix.

FÉNISE.

Mais lorsqu'on cette voix pour qui son cœursoupire. Il trouve seulement le charme qui l'attire. Croyez-vous qu'en effet la duchesse aujourd'hui, Se résolve en amour d'être l'écho d'autrui ?

FÉDÉRIC

S'il faut à nos desseins que sa fierté s'oppose, Pour gagner son esprit vous pourrez quelque chose; Déjà sur vos conseils je la vois se régler.

FENISE.

Moi, que jusqu'à ce point je puisse m'aveugler. Que peut-être au hasard d'attirer sa colère. Je songeasse à trahir les intérêts d'un frère? Pour élever Carlos au rang de souverain, La duchesse a promis de lui donner la main; Et quand en sa faveur sa vengeance s'explique. Je dois plus à mon sang qu'à votre politique.

FÉDÉRIC

Par les ordres du duc votre frère arrêté, Reçoit le juste prix de sa témérité; Et si sans mon aveu son espoir osa naître, Je saurai désormais l'empêcher de paraître.

FÉNISE.

Quoi, l'éclat d'un tel choixpeut-il si peusurvous. Que, loin de l'appuyer, vous en soyez jaloux?

FÉDÉRIC

Si d'un commun accord le duc et la duchesse Rompaient cette union où l'Etat s'intéresse, Et qu'un nouveau traité propice à leurs souhaits, En dégageant leur foi, nous assurât la paix. Alors ce cœur jaloux, comme vous l'osez croire. De la grandeur d'un fils ferait toute sa gloire; Et je n'ai point de sang que, pour le couronner, Ma juste ambition ne fût prête à donner.

FÉNISE.

Mais si le duc renonce à l'empire de Parme, Milan pour la duchesse est un bien faible charme. Et tous deux possédés d'une autre passion, Montrent pour leur hymen pareille aversion.

FÉDÉRIC

Non, non, la passion que le duc fait paraître S'attache au seul objet qui l'a dû faire naître ; Et lorsque tout l'État se repose sur moi. Je sais de son erreur quel compte je lui doi. Tâchez à la nourrir, tandis qu'avec adresse Je saurai ménager l'esprit de la duchesse.

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