LES ENGAGEMENTS DU HASARD, ACTE III, SCÈNE YII
D. Feux.
Un Yalet le publie, un billet en fait foi.
ISABELLE
Sur ce point elle-même aussi me désabuse, Puisque vous voyant prêt à me faire une excuse, Elle a dit devant moi, quand vous en résolviez, Que vous lui payiez mal ce que vous lui deviez.
D. FÉLIX
Si d'elle j*eus jamais la moindre connaissance, Que le ciel!...
ISABELLE
Vous prouvez fort mal votre innocence, Et persistez en vain à nier jusqu'au bout; Car ne rien confesser, c'est confesser le tout. Ne feriez-vous pas mieux , don Félix, de me dire : « Mon Isabelle, en vain cette dame soupire. En vain elle me montre un cœur passionné, Pour surprendre celui que je vous ai donné. Si de fausser ma foi son feu me sollicite. Si chez moi quelquefois elle me rend visite. Si pour m'entretenir elle observe mes pas. C'est reffet d'un amour que je n'approuve pas. » Alors pour soutenir l'éclat de votre gloire. Peut-être j'aurais pu me forcer à vous croire. J'aurais fermé les yeux sur tout ce que je voi, Et pris votre parti peut-être contre moi : Mais voir que l'inconstance ait pour vous tant de D. FÉLIX. [charmes...
Hé bien, pour m'atlaquer, servez-vous de mes ar- Pui8qu'ainsivouspouvezavecplusdecouIeur,[mes, D'une flamme nouvelle écouter la chaleur; Et rejetant sur moi la honte du parjure. Garder pour don Fadrique une ardeur toute pure.
ISABELLE
Que sert de revenir toujours au même point? Je vous l'ai déjà dit, je ne le connais point : Mais nier qu'une femme ici surprise et vue...
D. FÉLIX
Je vous l'ai déjà dit, elle m'est inconnue.
ISABELLE
D'une débile main c'est repousser mes traits. Et prendre le chemin de ne finir jamais : Si c'est là la vengeance où votre esprit aspire. Je me tiens pour vaincue, et n'ai plus rien à dire.
D. FÉLIX
Bizarre effet du sort contre moi courroucé I Je suis dans ce débat le seul intéressé : Et lorsqu'oubliant tout je crois vous faire grâce. Vous demandez encor que je vous satisfasse?
ISABELLE
Moi, vous le demander? Ah! Ne présumez pas Voir jamais dans mon cœur un sentiment si bas. Qui perd un inconstant n'est pas beaucoup à plain-
D. FÉLIX. [dre.
On me quitte, on me change, et je dois encor fein-
isABELLE. [dre?
Non, non, ne feignez point, il n'en est plus saison, Le ciel me vengera de votre trahison.
Allons. Ne souffre pas, Béatrix, que je sortCé
Enfin sur mon amour la colère l'emporte. Allez. Arrête-la, Béatrix, si tu vois...
BÉATRIX, bat.
On peut servir ainsi deux maîtres à la fois.
(A Isabelle.) Considérez...
ISABELLE
Hé bien?
BÉATRIX
Qu'il peut être, madame...
ISABELLE
Quoi? Qu'il no sache pas le nom de cette femme?
D. FÉLIX
Comme il peut être vrai que vous ne sachiez pas Quel est ce cavalier captif de vos appas.
ISABELLE
De sorte qu'à la fin vous confessez vous-même, Quejepuis,quoiqu'aimée, ignorerquel'on m'aime?
D. FÉLIX
Je ne m'alarme point sur un simple soupçon : J'ai vu...
ISABELLE, â Béatrix.
C'est trop, allons.
ISABELLE
Viens, c'est tout de bon.
Nous suit-il?
BÉATRIX
Non, madame.
ISABELLE
Ahl Que la jalousie D'un violent transport tient mon àme saisie! {Isabelle sort avec Béatrûc») D. FÉLIX, à Alonse.
Retourne-t-elle?
ALONSB.
Non.
D. FÉLIX
0 regret! 0 douleur!
Vit-on jamais disgrâce égale à mon malheur? Mais de sa perfidie en vain mon cœur la blâme, Tout ingrate qu'elle est je l'adore dans l'âme : Suivons-la, prions-la, puisque pour mon repos... Mais qui me vient troubler ici mal à propos?