LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE II, SCÈNE III
Et ne me perdez pas quaod il vous donne jour A satisfaire ensemble et l'honneur et l'amour.
JAGINTB.
DoD Lope, qu'est ceci? Vous oubliez sans doute Que c'est tous qui parlez, et moi qui vous écoute? Ou, voulant que j'embrasse un projet si honteux, U gloire vous déplaît pour objet de nos feux? Ainsi donc ma vertu doublement infidèle Répondra lâchement à ce qu'on attend d'elle; El je pourrai souffrir qu'on me reproche un jour One l'honneur me servit de prétexte à l'amour; Qq abusant de l'erreur qui put surprendre un père, Jeoela satisûs que pour me satisfaire, E^que ma passion couvrit sa lâcheté D'où vain et faux éclat de générosité I
Comme toujours sa flamme a demeuré secrète, U peur d'un tel reproche en vain vous inquiète : Od ne soupçonne rien de cettejnoble ardeur [cœur; Qui m'acquit votre estime en vous donnant mon Et chacun vous croyant dans cet hymen surprise. Personne ne saura que l'amour l'autorise, Qu'àdes motifs d'honneur il mêle son appas.
JACINTE
£tooi,don Lope, et moi. ne le saurai-je pas? Qaoi,dans ce haut dessein où la vertu m'engage, £»timez-vous si peu mon propre témoignage ; Ûoe suffit-il pas pour m'en faire une loi, Que mon cœur en secret dépose contre moi ? CHioiqu'on cherche l'estime avec des soins extrè- Desbellesactionsleprixesten nous-mêmes; [mes, Ce charme intérieur qui nous fait émouvoir. Est le plus doux encens qu'on puisse recevoir. Sans que nous dépendions de ce qu'on ose croire, Cest par nous que s'achève ou détruit notre gloire; Et l'éclat du dehors a peine à l'agrandir, Quand pour nous le dedans refuse d'applaudir. iDcœur qui d'un grand cœur aspire à l'avantage. Doit s'oser dire tel par son propre suffrage, Sen répondre à soi-même, et sur un tel appui S'abandonner sans crainte à ce qu'on croit de lui.
D. LOPE
Où me vas-tu réduire, ô vertu trop austère!
JACIMTE.
ïais TOUS êtes encor l'ennemi de mon père; Ob TOUS accuse enfin, convainquez l'imposteur. Et de notre disgrâce allez chercher l'auteur; ïonlrez-vous innocent en le faisant connaître.
D. LOPE. [tre,
W, c'est aussi par moi que son bonheur doit naî- ^rmoi,qui découvrant son crimeaux yeux de tous, Loi cède mon espoir, et le fais votre époux? ^ ^ous m'osez charger de cet emploi funeste?
JACINTE
faisons notre devoir, le ciel fera le reste.
D. LOPE
niant vous obéir; mais souvenez- vous bien
^^ ce lâche connu, je ne connais plus rien,
Et qu'à quoi que pour vous le respect me convie,
Son bonheur est mal sûr s'il me laisse la vie. Adieu.