SCÈNE IV JACINTE, CASSANDRE
C4SSANDRB.
A Madrid, où j'étais alors chez une tante, Je menais en repos une vie innocente.
Et mes frères en Flandre, en de nobles emplois. Laissaient à mes désirs la liberté du choix, Alors qu'un cavalier, dans un péril extrême, Osa m'en dégager en s*y jetant lui-même. Et par ce grand service engagea ma raison A souffrir de mon cœur Taimable trahison. Il me vit, je le vis; et, trop reconnaissante. Pensant n'être rien plus, je me sentis amante. Je ne vous dirai point par quels soins, par quels Il disposa mon âme à répondre à ses feux, [vœux. Ni quel rapport d'humeurs Tune à l'autre assorties. Forma de nos esprits les douces sympathies ; Ce serait dans le mien porter un souvenir Que ma triste raison s'efforce d'en bannir. Vous saurez seulement que, quoi que je supprime. Rien de honteuxpour moi ne m'acquit son estime. Et que l'ayant connu généreux et discret, Je ne pus refuser de le voir en secret. Mais, quoiqu'il me jurât entière obéissance, U sut avec tant d'art me cacher sa naissance. Que m'opposant toujours quelque obligeant refus, M'ayant appris son nom, il ne dit rien de plus. Si ce n'est que pour vaincre un destin trop con- Un voyage d'un an se trouvait nécessaire, [traire. Et qu'alors plus heureux et plus digne de moi, U se ferait connaître aussi bien que sa foi. Que vous dirai-je enfin? Sans savoir davantage, U fallut consentir à ce triste voyage, Et sur un élément le plus traître de tous. Abandonner aux vents mon espoir le plus doux. Il partit, et le ciel, pour comble de misères, Fit suivre son départ du retour de mes frères. Ah!
JACINTE
Si par ce récit...
CASSANDRE
Achevons, ce n'est rien.
Jugez par ce retour quel malheur fut le mien. A me tyranniser leur amitié consiste ; Un parti se présente, ils pressent, je résiste. Us parlent pour un autre; et, par trop de rigueur. Leur gloire s'intéresse à garder une sœur. Je recule toujours, un peu de temps se passe. Déjà mon triste cœur frémit de sa disgrâce, Et dans le sort douteux d'un amant qu'il attend, Met son moindre supplice à le croire inconstant; Quand sur moi la fortune achevant son ouvrage, D'un parent et de lui l'on m'apprend le naufrage : Us s'étaient embarqués dans le même vaisseau. Et la mer de tous deux fut l'injuste tombeau. Ah, dieux!
Votre douleur semble toujours s'accroître.
CASSANDRE
Hélas! A tous moments je crois le voir paroître; Je l'entends qui se plaint, d'avoir jété trahi, Que, quoiqu'après deux ans, j'ai trop tôt obéi; Que Fernand... Juste ciel! Pardon nez ma faiblesse, A ce funeste nom ma constance me laisse; Approchez-moi d'un siège, et souffrez qu'aux abois Ma flamme...
JACINTE
La douleur lui suffoque la voix.
Flore vient de sortir, quel conseil dois-je prendre?