‹ Théatre completChapitre 326 sur 1461 · SCÈNE I D. SANCHE, D. RAMIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE I D. SANCHE, D. RAMIRE

D. RAMiuE. [dre,

Enfin, instruit du nom que vous brûliez d'appren- D'un ennemi secret vous allez faire un gendre ?

D. SANCHB.

Au moins suis-je ravi que, contre mou espoir. Vos fidèles conseils m'en donnent le pouvoir.

D. RAMIRB.

Le conseil est fâcheux, et j'ai vu l'assemblée, Sans pouvoir que résoudre, également troublée; Mais, quoiqu'avec des yeux déjuge rigoureux. Ne regardant en vous qu'un vieillard malheureux, Que la suite de l'âge a mis dans l'impuissance D'efi'acer par le sang la honte d'une offense. Voyant d'ailleurs Alonse à se taire obstiné, A moins qu'à cet accord on vous eût condamné, Etvous-méme surtout témoigner de, vous rendre...

D. SANCHE

Je n'en usais ainsi que pour mieux le surprendre. Sachant qu'à ne me voir ébranlé qu'à demi. Il m'eût toujours caché quel est mon ennemi. Il me Ta donc nommé devant ma fille même ; Et pour mieux déguiser encor le stratagème, J'ai voulu devant lui ne lui donner qu'un jour A disposer son âme à ce funeste amour. Lui-même il l'en a vue et surprise et confuse ; Mais il est juste enfin que je la désabuse. Et qu'elle sache au moins que mon juste courroux Dans mon lâche ennemi ne peut voir sou époux.

D. RAMIRB.

Quoi, votre procédé n'était qu'un artifice I

D. SANCHE

J'ai fait ce que sans doute il fallait que je fisse.

D. RAMIRE

Si toujours la vengeance occupe vos esprits,

Le ciel plus à propos n'eût pu vous rendre un fils ;

Don Alvar est vivant.

D. SANCHE

Quoi, mon fils, don Ramire, Mon fils serait vivant ?

D. RAMIRE

Oui, don Alvar respire ; A deux cents pas d'ici je viens de le quitter.

u. SANCHE.

Un plus faible rapport m'en laisserait douter.

Mais qui l'empêche donc à mes yeax de paraître! Est-ce qu'en ma disgrâce il me veut méconnaître Que mon honneur blessé touche peu son esprit, Ou qu'il ignore encor mon séjour à Madrid?

D. RAMIRE

Il l'ignore sans doute, et j'allais l'en instruire, Quand surpris tout à coup au nom de don Ramiit Sans me laisser parler, se tirant de mes bras, « Ah ! Si l'on me croit mort, on ne s'abuse pas, i M'a-t-il dit ; a et la mer ne m'a laissé la vie, Qu'afin que par l'amour elle me fût ravie ; Il a donné l'arrêt, il faut l'exécuter. » A ces mots s'échappantsans vouloir m'écooter, Son pas précipité, le détour d'une rue. L'ont su presque aussitôt dérober à ma vue.

D. SANCHE

Quoi, le croyant revoir, il m'est encor ravi?

D. RAMIRE

Ne vous alarmez point, un des miens l'a suivi: Mais l'ayant retrouvé, que lui pourrai-je appreo D. SANCHB. [drel

Ce malheur dont le bruit a pu sitôt s'épaodre.

D. RAMIRE

Mais ignorant l'auteur...

D. SANCHB.

Il l'apprendra de moi, Quand sur un tel secret j'aurai reçu sa foi, Puisqu'enfin pour punir une action si noire, Si j'employais un fils, je trahirais sa gloire. Mon mal veut un remède et violent et prompt, Et je dois mesurer la vengeance à l'affront.

D. RAMmE.

Ne pouvant avec lui m'expliquer davantage, Il vaut mieux par vousseul qu'il apprenne l'ouli* Ainsi, par un billet que je ferai tenir, [ge<

Sur un afl'ront reçu, pressez-le de venir.

D. SANCHB.

Hé bien, sans perdre temps, allons chez moi l'ê- Ce billet... [crire

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