LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE IV, SCÈNE IV
D. LOPB.
Ce discours est obscur.
D. ALYAR.
Pour VOUS le faire entendre, Oyez par un billet ce que je viens d'apprendre. , Un injuste ennemi, par un noir attentat, Envieux de ma gloire en a terni l'éclat : Uoatrage par le sang ne s'efface qu'à peine ; On m'en donne l'avis, voilà ce qui m'amène.
D. LOPE
^, El qne pensez-vous faire ?
U D. ALYAR.
; :' En pouvez-vous douter?
I&dans de tels malheurs a-t-on à consulter ? le ne balance point, quelle que soit roiïense, . ^ Toot mon sang indigné m'en demande vengeance ; Miis ce bien, le plus grand qu'on puisse concevoir, Dm Lope, c'est à vous que je le veux devoir. Qsoique mon ennemi, j'ai peu de peine à croire Qoe l'appui de mes jours le sera de ma gloire : • £t Je moyen aussi de juger d'un grand cœur Qu'il fittoulpour ma vieetrien pour mon honneur? J'ose donc vous revoir, sans qu'un respect frivole Me iasae appréhender de manquer de parole, Puisque loin de braver votre juste courroux, feu recale Veffei moins pour moi que pour vous. J'^ promis de vous fuir, mais je veux que ma fuite O'oo si grand ennemi mérite la poursuite : £l D'anriez-vous pas lieu, si je fuyais ainsi, Z)e dédaigner un sang par un autre noirci ? On m'a fait un affront, j'ai tué votre frère; [chère; Larengeance à tons deux aujourd'hui nous est Mais, quoi qu'en ce rencontre elle ait pour vous d'ap- Sî TOUS la différez, vous ne la perdez pas. [pas. Devenons donc amis, tant que le sang d'un lâche De aia gloire obscurcie ait effacé la tache, Et qae par son trépas mon honneur affermi, le poisse mériter d'être votre ennemi. Je dois avoir pour vous une trop pure estime. Pour vouloir abuser d'un cœur si magnanime ; Ma vengeance est la vôtre, et je n'en suis jaloux \ Qae pour rendre mon sang moins indigne de vous.
t D. LOPB.
Je ne sais que répondre, et c'est par mon silence Que vous laissant juger de tout ce que je pense. Je crois mieux expliquer dans mon sort rigoureux
' Ce que peut la vertu sur un cœur généreux ;
r lais où cette vertu me va-t-elle réduire ?
To«8 savez m'obligerquandje cherche à vous nuire. Et pressé d'un devoir que je n'ose trahir. Je vois que vous m'ôtez le droit de vous haïr. Ce devoir toutefois que presse la nature. Se trahirait soi-même à souffrir votre injure, 0 7 prend intérêt; et dans votre ennemi, Par un dessein bizarre, il vous donne un ami : Je le suis, j'en fais gloire; et d'un aveugle zèle, En tousiieux, contre tous, je prends votre querelle. A venger votre affront servez-vous de mon bras, Cn ami tel que moi ne vous manquera pas;
Mais cet affront vengé, mon cœur, quoiqu'avec Dépouille l'amitié pour reprendre la haine; [peine, Et l'intérêt d'un frère est un respect trop fort Pour n'oser voir en vous que l'auteur de sa mort.
D. ALYAR.
Au moins dans cet instant que l'amitié reçue Tient pour moi dans ce cœur la haine suspendue, Souffrez qu'impatient de m'acquitter vers vous, D'un ami si parfait j'embrasse les genoux, [vie? Rendrais-je un moindre hommage à qui je dois la Mais on veut vous parler, ou bien l'on vous épie.