LE ROI, ENRIQUE, SANCHE, OCTAVE, JODELET, SOLDATS
JODELET, aux soldais.
Oui, ce lieu pour mon gîte est assez agréable, Bonsoir et bonne nuit, allez-vous-en au diable. Tout habillé de fer et par bas et par haut. Vous m'avez fait, je crois, galoper comme il faut. Mais un jour peut venir, où je veux qu'on me pende. Si pi us cher qu'au marché vous n'en payez l'amende. Une chaise, quelqu'un, je suis las, dépêchez.
LE ROI
Levez, levez le masque, en vain vous vous cachez; Trop superbe ennemi, l'on connaît qui vous êtes?
JODELET
M'amène-t-on ici pour me conter sornettes?
ENRIQUE
Sire, vous le voyez.
OCTAVE, bas.
Ciel, soutiens mon espoir.
JODELET
Qu'on me désenharnache, ou qu'on me fasse seoir, La charge est lourde.
LE ROI
Enfin, sachez mieux vous connaître; Et prince, répondez à la gloire de l'être. La peur d'un juste arrêt vous doit toucher trop peu Pour en faire à nos yeux un si bas désaveu ; Soutenez ce grand titre, et, bravant ma puissance , Remplissez hautement l'heur de votre naissance.
JODELET
Apprenez à vous taire, ou parlez sagement. Je ne sache en ma race aucun forlignement. Pour qui donc me prend-on ?
LK ROI
La feinte est inutile.
Et nous connaissons trop le prince de Sicile.
JODELET
Et que m'importe à moi si vous le connaissez?
LE HOI
Vous nommer Fédéric, c'est vous en dire assez, A cet illustre nom cessez de faire injure»
LE GEOLIER DE SOI-MÊME, ACTE II , SCÈNE Vf.
OCTAVE, bat.
A Terreur qui les trompe ajoutons Timposlure. Ah, seigneur! Ah, mon maître! 0 qu'il m*eût été En aulrelieu qu'ici d'embrasser vos genoux ! [doux, Mais puisque la fortune, à vous nuire obstinée, A trahi le secret de votre destinée, Et que j*ai pour mon prince une vie à donner...
JODELET
Que diable celui-ci me vient-il jargonner? Moi, prince? Moi, son maître?
OCTAVE
Ah! Seigneur...
JODBLET.
Je vous prie; L'honneur cède au proOt, trêve de seigneurie.
OCTAVE
Quoi, seigneur, votre Octave...
JODELBT.
Achevons en un mot.
Eh bien, Octave soit, Octave n'est qu'un sot.
OCTAVE, au roi, Fédéric est vaillant, mais...
JODELET
Oh, comme ils me vendent!
Avec tous leurs respects, les matois s'entr'enten- EiNKiQUE. [dent.
Mais, seigneur...
JODELET
Voici l'autre.
LE ROI
Ah ! C'en est trop enfin; 11 faut l'abandonner à son lâche destin.
ENRIQUE
Quoi, prince...
JODELET
Vous avez les visières mal nettes.
LE ROI
Savez-vous en quels lieux, et devant qui vous êtes?
Devant vous, à peu près.
LE ROI
Tremblez donc.
JODELET
Et pourquoi?
Si je suis devant vous, vous êtes devant moi.
ENRIQUE
C*est le roi qui vous parle.
JODELET
Ah ! Qu'il ne vous déplaise ; Le roi voit maintenant jouter fort à son aise. Je sais ce qui se passe, et je le vais trouver.
LE ROI
Qu'après sa trahison il m'ose encor braver. Et joigne impunément, le mépris à l'injure !
JODELET
Vous m'accuseriez donc de quelque forfaiture?
ENRIQUE
Voyez votre équipage, il parle contre vous.
JODELET
Ah! Je m'en doutais bien, vous êtes des filoox. Et pour mieux m'escroquer toute ma braverie...
LE ROI
Cessez une si basse et froide raillerie. Pour la dernière fois» prince...
Cela va bien, Prince, je le suis donc sans que j'en sache rieD
ENRIQUE
Songez qu'un si hautrangquedonnela naissance.
JODELET
Je sais qu'être marquis est de ma compétence, Mais, prince?
LE ROI
Quoi, toujours...
JODELET
Eh bien, rien n'est gâl* Je consens pour vous plaire à la principauté, Tout coup vaille.
LE ROI
Non, non, suivez votre capricf D'une si lâche feinte appuyez l'artifice. Attendant que le temps nous en fasse raison, Je veux que ce château lui serve de prison, C'est de quoi vous irez avertir Isabelle, Je commets ce dépôt à sa garde fidèle; Mais, quoiqu'il se déclare indigne de ce rang. Qu'elle respecte en lui la dignité du sang, I Qu'elle le traite en prince, et que chacun lai reni Ce que dans mes États ce grand litre demande.