SCÈNE VI FÉDÉRIC, OCTAVE
Seigneur?
OCTAVE
Est-ce une illusion,
FÉDÉRIC
Octave, enfin quelle confusion :
Qui t'a fait arrêter?
OCTAVE
Un zèle téméraire D'envoyer votrelettre à l'infant votre frère : L'ordre m'en fut par vous expressément donné, Lorsque seul en ce bois je vous abandonnai ; Mais pour l'exécuter il fallait mieux connaître, Et ne m'aveugler pas à faire choix d'un traître.
FÉDÉRIC
Mais ce brutal. Octave?
OCTAVE
Il les abuse tous.
Vos armes, votre habit l'ont fait prendre pour voos; Et soudain, pour vous mettre à couvert de l'orage, A leur commune erreur j'ai joint mon témoignage, Je l'ai traité de prince.
FÉDÉRIC
Il t'a désavoué?
OCTAVE
J'ai poursuivi mon rôle, et l'ai si bien joué, Que ses brutalités, sa grossière rudesse. Dans l'esprit du roi même ontpassé pour adresse; Tant que de nos respects ayant goûté l'appas, 11 s'est persuadé d'être ce qu'il n'est pas. [asile? Mais, seigneur, en quels lieux trouvez-vous un
FÉDÉRIC
Je cherchais un appui qui me dût être utile. Tu vois que mon espoir n'a point été déçu. Que de mon ennemi même je l'ai reçu ; Et que par un bonheur aussi rare qu'extrême, L'on me donne moi-même à garder à moi-mèoie, Mais ma princesse eucor, que dit-elle de moi ?
OCTAVE
Ne l'ayant vue ici qu'en présence du roi, Je n'ai pu lui parler.
FÉDÉRIC
Elle me croit loin d'elle?
OCTAVE
Seigneur, de votre prise apprenant la nouvelle, Et cédant tout à coup à sa juste douleur. Elle a quitté le roi pour pleurer son malheur.
FÉDÉRIC
Sans voir notre faux prince?
OCTAVE
Oui, seigneur, elle ignore Ce succès étonnant qu'à peine crois-je encore.
FÉDÉRIC
Ah ! de quel doux espoir mon amour s*entretient, Si la tirant d'erreur... Mais, Octave, elle vient; C'est elle-même.