‹ Théatre completChapitre 445 sur 1461 · SCENE VIII LA RELNE, CLÉOMÈNE, ARCAS, DORIDE · texte numérisé non relu

SCENE VIII LA RELNE, CLÉOMÈNE, ARCAS, DORIDE

LA REINE

Qu'ai-je OUÏ dont mon cœur n'ose avouer ma haine?

, CLÉOMÈNE

Ce que veut encor mieux expliquer Cléomène. Enfin, madame, enfin, c'est trop dissimuler Un secret que l'honneur me force à révéler; Après tant de contrainte il est temps qu'il éclale. Cléomène n'est plus, connaissez Timocrate, Ce roi qui pour vous plaire, et vainqueur et vaioco, Vous vient faire raison du trop qu'il a vécu. Pour rendre à mon amour votre haine propice, J'ai d'un fantôme vain emprunté l'artifice. C'est par mon prisonnier que Nicandre abusé A pris pour Timocrale un vainqueur supposé, Et qu'avec ce fantôme ayant changé mes armes, Mafaussepriseaux miens n'a pointcauséd'alarmes; Mais le vrai roi de Crète enfin vous est remis, Sa vie est en vos mains, et tout vous est permis.

LA REINE

Quoi, d*un espoir si doux c'est donc ici la suite? Trop favorables dieux, où m'avez-vous réduite? Je me perds, je m'égare, et mon devoir confus Tremble dans ce qu'il ose, ou ce qu'il n'ose plus. 0 devoir, ô vengeance, ô serment témérairel N'ai-je engagé le ciel à servir ma colère. Que pour lui voir ofi'rir à mon cœur alarmé Timocrate haï dans Cléomène aimé?

Fatal accablement d'une illustre famille! Puis-je donner la mort à qui je dois ma fille? Ou si je suis contrainte à ce funeste efl*ort, Puis-je donner ma fille à qui je dois la mort? 0 VŒUX trop exaucés! La haine qui m'anime Dans une seule tête a trop d'une victime : Je perds ce que pour moi mon courroux a d'appas; Et pour me trop venger je ne me venge pas.

CLÉOMÈNE, reconnu pour Timocrale, Quoi, madame, est-ce ainsi que mon âme surprise S'ose plaindre du ciel quand il vous favorise? Le sang d'un ennemi qui bornait ce courroux, Était une victime indigne d'un époux ; Et par une bonté que vous n'osiez attendre, Pour lui plus immoler, il l'a fait votre gendre. Sacrifiez sans peine à son sang répandu Celui que dans le sien vous avez confondu; Et vengez, en ôtant un époux à sa fille. Le malheur de sa mort sur sa propre famille.

LA REINE

Oui, quand de mes serments l'inviolable foi Se pourrait afi'ranchir de ce que je lui doi, L'on me verrait sur vous, d'une seconde offense, Par mon propre intérêt, poursuivre la vengeance. Vous avez su forcer ma haine à se trahir. Vous m'avez fait aimer ce que j'ai cru haïr; Et mon cœur doit venger cette haine trompée De ce qu'il sent sur lui de tendresse usurpée.

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