‹ Théatre completChapitre 453 sur 1461 · U REINE, TIMOCRATE, ÉRIPHILE, DORIDE, CLÉONE · texte numérisé non relu

U REINE, TIMOCRATE, ÉRIPHILE, DORIDE, CLÉONE

LA REINE, à Thnoerate, Un nous attend au temple, où tout est préparé. Lliymenva vous unir, vous l'avez désiré. S'il est de votre amour le plus digne salaire, hn ai donné parole, il faut y satisfaire, El pour fuir le parjure, accomplir hautement L'iiTéfocable arrêt d'un aveugle serment.

TIMOCRATE

Pir quels vœux reconnaître une faveur si rare?

LA REINR.

Vous me devrez bien plus si mon cœur se déclare ;

El s'il ose pour vous jusque-là se trahir

Qu'il montre aimer encor ce qu'il devrait haïr.

Car enfin, si je dois ma fille à Cléomène, Je dois en même temps Timocrate à ma bai ne; Et plaindre l'un heureux, c'est montrer qu'en effet Malgré ce fier devoir, je perds l'autre à regret.

TIMOCRATE

Le bonheur qui m'attend a pour moi trop de char- Pour relâchermon cœurà d'indignes alarmes, [mes. Allons, madame, allons, c'est trop le reculer.

ÉRIPHILE

Ah ! Prince, et c'est à moi que vous croyez parler? Ce n'est donc pas assez du malheur qui m'accable. Si d'un serment fatal je ne me rends coupable. Et vous osez penser qu'en vous donnant la main J'irai fournir des traits à vous percer le sein? Voyez-vous ce qui suit un hymen si funeste?

TIMOCRATE

[/honneur m'en est trop cher pour redouter le reste.

ÉRIPHILE

Et pour vous et pour moi, je m'y dois opposer.

TIMOCRATE

Auriez-vous la rigueur de me le refuser. Et le nom d*ennemi dont il me justifie Ayant toujours souillé la gloire de ma vie. Par ce refus cent fois plus cruel que mon sort, Voudriez-vous ternir la gloire de ma mort?

ÉRIPHILE

Ces serments dont les dieux font répondre la reine, Nevousdoivenlpasmoinsqu'ilsdoiventàsahainc; Et l'on ne peut sans crime ofl'rir à leur courroux Le sang d'un ennemi qu'il ne soit mon époux.

TIMOCRATE

Si je ne le suis pas, à quoi donc vous engage Cette foi dont la vôtre honora hier l'hommage?

ÉRIPHILE

A ne pouvoir ailleurs disposer de mes vœux. Mais l'hymen seul a droitd'en éteindre les nœuds; Et c'est au temple seul qu'avec pleine assurance Le ciel peut l'achever, si la foi le commence.

LA REINE

0 combat, ê dispute, où mon cœur étonné Se sent pour l'un et l'autre également gênél Le ciel n'a-t-il rendu ma haine nécessaire, Qu'afin de lui soumettre une tête si chère. Et le sang que je dois à mes tristes malheurs. Ne le puis-je verser sans répandre des pleurs? Mais où chercher ce sang qu'il faut enfin répandre? Je n'ai point d'ennemi si je me dois un gendre, Et, malgré mon courroux par ma haine affermi. Je ne le puis choisir que dans mon ennemi. 0 trop sensibles coups d'une rigueur extrême! J'aime ce que je perds, et je perds ce que j'aime, El contrainte à venger un époux sur un roi. Je ne fais point de vœux qui n'aillent contre moi. Mais quel bruit tout à coup d'ici se fait entendre? Le peuple impatient se lasse-t-il d'attendre? Déjà pour votre hymen qu'il a vu différer. Dans sa lâche épouvante il semblait murmurer.

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