‹ Théatre completChapitre 465 sur 1461 · SCÈNE III PHILOCLÉE, ANAXARIS · texte numérisé non relu

SCÈNE III PHILOCLÉE, ANAXARIS

PHILOCLEE.

On me vient d'avertir que sur quelque traité La Lydie a vers nous de nouveau député ; PuiS"je d'Anaxaris en savoir l'importance?

ANAXARIS.

Madame, ce secret passe ma connaissance; Rien de ces envoyés n'est venu jusqu'à moi. Et l'on n'en parlait point quand j'ai quitté le roi.

PHILOCLEE.

Il leur donne audience et je me persuade

Que Philoxène a part à leur prompte ambassade;

Au moins l'a-t-on mandé pour la mieux recevoir.

ANAXARIS.

Je plains sa passion.

PHILOCLEE.

Avec assez d'espoir.

Puisque si la Lydie en détruit l'entreprise, Bérénice à vos vœux sans obstacle est acquise.

ANAXARIS.

C'est me connaître mal que de le présumer.

PHILOCLEE.

Est-ceque vous croyez qu'il soit honteux d'aimcFt

ANAXARIS.

Que dites-vous, madame? Ah I bien loin dele croira De cette passion je fais toute ma gloire; Et peut-être jamais une si belle ardeur Pour un plus rare objet ne régna dans un coeur, Mais telle est de mon sort la dure tyrannie, Que souffrant à la taire une peine infinie. Je dois trembler pourtant qu'un soupir indiscret If en ose malgré moi découvrir le secret. Il me perdrait, madame; et vous-même sansdout« Loin de plaindre l'effort que cette ardeur me coule Vous y trouveriez lieu d'armer votre courroui, Si ma témérité se déclarait pour vous.

PHILOCLEE.

Quoiqu'autrefois peut-être elle eût pu medéplain Je veux bien aujourd'hui l'apprendre sans colère, Et ne voir rien en vous indigne de ce choix Qu'ordonne la Phrygie, et que règlent nos lois. Depuis qu'Antaléon, pressé de jalousie.

Contre son souverain a ligué la Mysie, Et que de ses desseins par Araxc trahis Il s'est voulu venger sur son propre pays. Par cent exploits fameux qu'a suivis la victoire, Vous vous êtes ouvert un chemin à la gloire; Mais, quoi que pour l'État vous ayez entrepris, Cette gloire peut-être en est un digne prix; Et quand il serait vrai qu'un sujet téméraire Auraitdroit d'en prétendre un plus ample salaire, Cetrêne qui m'attend n'exempte pas ma foi De soumettre mes vœux aux volontés du roi. Par l'éclat de l'hymen où son choix vous engage, Il vous exclut d'un rang qu'il faut que je partage; Et de quelque beau feu qu'on se vtt consumer; Sitêt qu un roi l'ordonne, on doit cesser d'aimeï

ANAXARIS.

Ah! que ce pur amour qui règne dans mon âme Mêlerait de faiblesse à l'ardeur qui m'enflamme Si pour naître ou s'éteindre il devait prendre loi Du respect que je dois aux ordres de mon roi! Non , non , madame, non , quand ce cœur qui soupir Prendrait dans son aveu l'audace de le dire, Vous m'en verriez encor, d'un vrai zèle animé, Faire un plein sacrifice aux yeux qui m'ontcharmé Et sur ce bel espoir ma passion extrême Ne voudrait contre vous employer que vous-méaw Toujours toute soumise, et prête à le quitter Dès le moindre soupir qu'il vous pourrait coûter. Mais aussi son pouvoir, quelque loin qu'il s'éleode Ne peut rien m'opposer que ma flamme appréheode Et toute sa rigueur n'ayant qu'un faible effort, Vos seules volontés sont l'arrêt de mon sort.

BÉRÉNICE, ACTE II, SCÈNE V

r Bm

^ Taio je chercherais plusloogtempsà me taire, VaoDOur n*est point amour s'il a*est que volontaire,

Une douce coDtrainte est son plus cher appas;

Et Ton aime bien peu quand on peut n'aimer pas.

PHILOCLBB.

Je oe puis déguiser que c'est avec surprise Que je remarque en vous une ardeur si soumise, El que j'aurais pensé que dans ce grand projet Votre amour o'eûlen moi qu'un trône pour objet.

ANAXARIS.

^oiqu'il se dût montrer sensible à cette injure, nilrop juste respect me défend le murmure ; liispour mieux repousser un soupçon si honteux, ■ Si contre votre raog j'osais former des vœux, Etdans une autre main, sans vous faire d'outrage, Di sceptre qui vous fuit souhaiter l'avantage,

ISïos aucune ombre alors vous verriez éclater la pureté d*un feu dont je vous vois douter.

PHiLOCLÉE. [me,

iCesseotiments sont grands, et d'uD cœur magnani- Âqai le mien confus doit toute son estime; j Iiiseo vain de mou choix vous garderiez Tespoir, Béréaice m'est chère, et je sais mon devoir.

ANAXARIS.

il One ne puis-je ici...

PHILOGLÊE, ANAXARIS, HÉSIONE.

HBSIONE.

Madame.

PHILOCtÉS.

Qui t'amène?

HÉSIONE

Plaignes ViDgrat destin du prince Philoxèue.

PHILOCLÉE.

, ÛQol? Qu'est-il arrivé?

HÉSIONE

Si j*ai bien entendu, \hr un dernier revers son amour Ta perdu.

PHILOCLÉE.

[Oooi, le roi de Lydie, aveugle en sa colère, [Aarait-il pris dessein de couronner son frère?

HÉSIONE

I Je faut présumer : au moins ai-je entr'ouî l'un bel espoir trop t6t s'était évanoui; ■*un coeur si généreux méritait la couronne l'an prince Alcidamasson malheur abandonne;

tout ce que jamais un sort injurieux...

ie roi qui paraît vous ëclaircira mieux.

Page 1