PROCUREUR GÉNÉRAL, SURINTENDANT DES FINANCES ET MINISTRE D'ÉTAT
MON'SBIGNIUI,
Je me prépare à vous faire un étrange aveu, j'ai trouvé de la témérité, et je doute même qu'elle n'approche du crime ; mais je ne m'en saurais plus défendre, et quelque profond respect que je vous doive, il m'est impossible de ne me pas échapper jusqu'à vous faire connaître que je me repens de lui avoir trop déféré. C'est lui qm m'a contraint jusqu'ici de renfermer dans mon âme ces impatients désirs qui me pressaient de vous expliquer, avec quelle parfaite soumission j'honore en TOUS depuis si longtemps ce que la vertu la plus surprenante nous fait voir de plus achevé ; c'est lui qui, me jetant sans cesse dans une juste défiance de moi-même, m'a détourné d'en chercher plus t6t l'occasion par l'hommage que je vous rends aujourd'hui. J'en ai souvent formé le dessein, mais il en a toujours combattu l'empressement, et comme il vous faisait justice, il n'a pas eu de peine k me persuader que je devais amasser des forces avant que de me hasarder à une entreprÏM* de cette nature, et que la chaleur qui me la ferait précipiter, aurait plutôt les apparences d'une présomption indiscrète, qu • de ce xéle passionné dont j'aspirais à vous rendre de prompts témoignages. Cependant, Mo.'vskiomiub, quelque violente que j'en éprouve l'ardeur, je ne me vois plus en état de vous la faire paraître en toute sa pureté ; vous avez trouvé moyen de me la rendre suspecte à moi-même, et les ordres favorables par lesquels vous avez daigné me prévenir, me font un devoir si absolu qu'il exige de ma reconnaissance ce qui ne devait être qu'on effet de mon inclination. Ainsi, MoMSiiGNiua, je puis dire eli quelque sorte que nous m'avez ôté en me donnant, et j'ai droit de me plaindre de ces généreuses marques de votre estime qui semblent corrompre la juste sincérité de mes sentiments. Vous ne pouviez sans doute m'en accorder de plus glorieuses que ce qu'il vous a plu de résoudre en ma faveur, avant même que j'eusse l'honneur d'être connu de vous, mais aussi vous ne pouviez rien faire de plus dangereux pour moi. Je voulais m'offrir, et vous m'avez attiré, et si je trouve de signalés avantages dans l'obligeante nécessité que vous m'en imposez, elle m'en fait perdre un encore plus considérable, puisqu'elle ne me laisse plus en pouvoir de vous témoigner qu'une passion aussi désintéressée que respectueuse, m'attachait déjà tout à vous. C'est une chose dont la nouveauté surprendra, que vous me réduisiez à murmurer de vos bienfaits dans un siècle, où quelques éloges infructueux sont presque toi^jours la seule récompense des veilles les plus laborieuses, et des travaux les plus assidus : mais vous faites bien plus, Monsei- GNiui, et comme si c'était peu pour vous que les grâces que vous avez voulu répandre sur moi, n'ayant laissé aucune liberté d'agir aux purs mouvements de mon âme, vous semblez m'euvier jusqu'à la douceur de me pouvoir assez justifier qu'on n'y saurait être plus sensible. J'ai beau chercher tout ce qui peut donner plus de force aux très humbles remerciements qu'il me serait honteux de différer davantage, j'ai beau m'imaginer tout ce que le ressentiment le plus pressant peut inspirer de persuasif, j'y trouve toujours je ne sais quelle ombre d'intérêt particulier, et plus je médite d'efforts pour faire connaître à tout le monde à quel point je vous suis obligé, plus je m'aperçois que je ne travaille que pour moi-même, et que la seule considération de ma gloire mv forc«'rail à l'aveu public de ce que je vous
dois, quand j'aurais assez d'ingratitude pour en balancer ToU gation. En effet, Monsbigxbub, vous êtes aujourd'hui dui a rang qui arrête sur Vous avec admiration les yeux de toute li France ; elle vous regarde comme une de ces suprêmes iotelligences dont la vigilante activité est entièrement nécfSioiR à faire mouvoir son grand corps, et dans l'heureai secoon que vous lui prêtez sans cesse, elle ne voit rien de ploi «datant que votre vie, elle ne conçoit rien de plus illustre qa« vous. Ces deux grandes charges que vous exercez arec a applaudissement si général, et dont le différent ministère Insérait deux des plus infatigables esprits, n'ont rien dans leox union qui embarrasse la solidité du vôtre, leurs plus sénfU emplois ne sont point assez vastes pour en borner l'éteDdiK: quelques pénibles affaires qm demandent son application, vo« n'y trouvez jamais assez d'obscurité pour avoir besoin detoota ses Imnières, et leur féconde vivacité vous en rend tellene* le maitre, qu'au milieu du plus pesant accablement, t» demeurez dans une paisible possession de vous-même. Ce Mit des merveilles que vous faites éclater avec tant de rertat, que le pinceau le plus délicat n'en saurait faire une asseï brillante peinture. Pour moi» MoNsiiGKXoa, je me contente de !«• admirer, et je suis trop convaincu de ma faiblesse, pour o«ff entreprendre d'approfondir, ni cette extraordinaire gnsdev d'àme que l'on voit inséparable de tous vos desseins, ni ortte prudente conduite dont vous en accompagnez l'exécutioo. v cette générosité sans exemple qui ne vous laisse souhaiter an bien que pour en faire, et ne croit proprement jouir que de ce que vous avez donné. C'est elle qui force l'envie même i «ofesser que la place que vous occupez ne peut être plus digiement remplie ; vous êtes comme le dépositaire des trésors de la fortune, mais elle vous en fait corriger l'aveogleateat, et ■ vous prenez plaisir à l'étendre sur ceux dont une louable ambition assure toutes les veilles au public, c'est toojonn avec un choix si judicieux, qu'au même temps que tous ** favorisez quelques-uns, vous vous rendez arbitre d<« b gloire de tous les autres. Oui, Monskighxui, on peut dire que vous en êtes le plus juste dispensateur, que ce pariait à^ cernement que vous savez faire de toutes choses, draar aujourd'hui votre estime pour règle à tout ce qui doit élr^ estimé, et qu'il est difficile de rencontrer ailleurs une legit»^ approbation quand on ne s'est point attiré votre suiErage.C est de là que nait cette ombre d'intérêt particulier dont je craitf d'être soupçonné en me servant de la plus forte expre»* par laquelle je puisse tâcher de vous faire paraître tout ce ^ l'àine la plus reconnaissante est capable de ressentir. Je Oi* k puis fkire sans publier que je tiens beaucoup de ^^^ fj quoi que vous ayez fait pour moi par un excès de bonté, «<p<| vous faites pour tant d'autres par une exacte connaissance de leur mérite ; on n'examinera point les motifs de cette iaiàà gente préoccupation, et il suffira qu'on apprenne qne re* m'avez fait part de vos grâces, pour présumer que vous M m'en avez pas cru tout à fait indigne. L'avenir même q«| ne cessera jamais de respecter tout ce qu'il Irouvtn s<* tenu de l'éclat do votre nom, jugera plus avanlagca8««eW du mien par cette noble marque qu'il lui portera, qne P« tout ce que cet ouvrage lui pourra offrir de moins deW tueux, et dans l'infaillible, prévoyance que j'en ai, que p»»^ tenter qui paraisse partir d'un mouvement volontairs de sri