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SCÈNE VI MARQA, ÉLECTUS, LUCIE

MARCIA

As-tu VU l'empereur, Électus ?

ÊLECTU8. .

Oui, madame, Il vient de me parler plein de trouble dans l'âme, Et m*a pour votre hymen en tumulte ordonné Tout ce que pour sa pompe on avait destiné. Mais dans cet ordre môme un fiertransport le guide, Helvie est une ingrate, et La^tus un perfide; C'est ce que j'en ai su.

MARCIA

Je te l'avais bien dit, Que je pourrais enfin regagner son esprit. Quoi, tu l'as su permettre, et Ion cœur en soupire?

ÉLECTUS.

Hélas! M'en croircz-vous si j'ose vous le dire?

Parle, parle, de toi j'aime à tout écouter.

ÉLECTUS.

L'espoir sur sa parole a trop su vous flatter. Quoi qu'il vous ait promis, je lis dans sa pensée, Pour vous perdre, il suffit qu'il vous ait ofl'ensée; Et que dans sa maxime on aide à se trahir, Lorsqu'on peut pardonner à qui nous doit haïr.

MARCLA.

Et que voudrais-tu faire en cette défiance ?

ÉLECTUS.

Céder, et par la fuite éviter sa vengeance; Puisqu'en secret sa haine y devant consentir,

Un prompt éloignement nous en peut garantir...

MARCIA

Quoi, pour remèdeauxmauxoù lu mefeins réduite, Tu n'imagines rien de plus beau que la fuite; Et mon cœur doit trouver pi us de gloire aujourd'hui A fuir avecque toi, qu'à régner avec lui? Quand Commode a dessein de couronner Helvie, Tu ne vois rien alors à craindre pour ma vie; Et je suis au hasard de perdre enfin le jour Sitôt qu'avec le trône il me rend son amour? Prends, prends les sentiments d'un cœurplus ma-

[goanime, En renonçant au mien, aspire à mon estime, Et tâche à mériter que, pour venger ma foi. Je me sois abaissée à jetçr l'œil sur loi.

ÉLRCTUS.

Ah, dieux! Pour m'outrager avec plus d'injustice Voulez-vous être aveugle au bord du précipice, Et ne pas voir qu'Helvie, animant son courroux, Ne l'attire pas plus sur elle que sur vous? Quoi qu'ait pu déguiser sa haine impitoyable. Son crime auprès de lui rend tout son sang coupais t vous, et Pertinax du même coup frappés, [ble; Dans sa punition serez enveloppés.

MARCIA

Quoi qu'il doive arriver, je suis la destinée Où par ta lâcheté je me vois condamnée ; Et si j'ai pu descendre à des moyens trop bas, J'ai dû les employer au refus de ton bras. Aumoins,8oitquejerègne,ousoitquejepérisse, Ta flamme en tous les deux trouvera son supplice, Puisqu'exposée à tout, par ton manque de foi, Dans l'un et l'autre sort je suis morte pour toi.

ÉLECTUS.

Ah ! Si j'étais certain que la rage ou l'envie Fit dessein d'attaquer une si belle vie, Il n'est droit si sacré qu'en ce pressant besoin Uome...

MARCIA

Arrête, Électus, lu vas un peu trop loin. Quelque horreur que tantôt te fit le nom de traître, Tu semblés déjà prêt d'attenter sur ton maître. S'il m'abandonne à toi, c'est peu pour le punir, Et s'il trompe ta flamme, il faut te retenir. Règle mieux entre nous ton amour et ton zèle. Ayant pu me trahir, demeure-lui fidèle; [d'hui, Et content d'un seul crime, ose au moins aujou^ Étant vers moi coupable, être innocent vers lui.

ELECTUS

Ahl Que me dites- vous?

MARCIA

Qu'en ton zèle, en ta flamme Toujours ton intérêt fait déguiser ton âme. Aussi, t'abuses-tu si tu peux présumer Que sur tes faux soupçons je songe à m'alarmer. Pour me voir consentir à ta jalouse envie. Montre-moi que Commode ordonne de ma vie. Et m'en convaincssi bien, que par un beau retour Je doive à la vertu le prix de ton amour.

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