H0N0RIU
Hé bien, Zenon?
STIUCON.
Voudrait-il entreprendre?
Parlez.
MUTIAN.
Dans le jardin je songeais à me rendre. Quand le nom de Zenon que suivent de longs cris, M'arrétant tout à coup, me laisse tout surpris : Je quitte Tescalier, et ce grand bruit m'engage A détourner mes pas vers cet obscur passage. Dont le sentier étroit, éclairé d'un faux jour, Jasqu*en ce cabinet oiïre un secret détour. Là, tout saisi d'horreur d'une triste rencontre. Je cherche à démentir ce que mon œil me montre, De trois coups de poignards qui lui percent le flanc, Uio fortuné Zenon tout baigné dans son sang...
HONORIUS
Zenon est mort? Ah, ciel !
EUCHÉRIUS.
Quoi, Zenon...
STIUCON.
0 disgrâce!
Mais enfin?
MUTIAN.
Je m'approche, et chacun me fait place. En lui prenant la main je me Ja sens presser.
Un resle de vigueur semble se ramasser; Je l'entends qui soupire.
STIUCON.
0 succès favorable!
Il a parlé sans doute, et nommé le coupable?
MUTIAN.
Il l'a voulu du moins ; mais l'elTort qu'il y fait Hâte sa destinée, et trompe mon souhait; Il expire.
STILICON
Et du crime on n'a pu rien connaître? MUTIAN. [tre,
Beaucoup l'environnaient lorsqu'on m'a vu paraî- Je m'en informe à tous; mais, tous le croyant mort. Sans en avoir rien su« plaignaient son triste sort.
HONORIUS
Le mien est plus à plaindre : et dans celte disgrâce Les funestes soupçons où mon cœur s'embarrasse, Avecque tant d'tiorreur en confondent l'espoir, Qu'il n'ose examiner ce qu'il craint de savoir. Euchérius a su l'avis que l'on me donne, Zenon qu'il va trouver ne lui nomme personne. Il ne l'arrête point; et lorsqu'il est mandé. Ce malheureux Zenon se trouve poignardé! Hélas! Comme aie voir c'est toi seul que j'emploie. Lui mort, Euchérius, que faut-il que je croie? As-tu juré ma perte, et son sang répandu Te rend-il ton secret quand le mien est perdu?
KUCHÉRIUS.
Me soupçonner, seigneur, moi?
HONORIUS
Que puis-je donc faire?
Si je veux t'excuser, je condamne ton père ; Et le fatafT'soupçon qui m'accîible aujourd hui Ne s'éloigne de toi que pour tomber sur lui. Du crime dont Zenon m'a donné connaissance. Seuls vous avez reçu tous deux la confidence ; Et mon malheur est tel, que mon sort le plus doux Est d'avoir quelque lieu de douter entre vous. Doutons, puisque par là du moins en apparence Le criminel encor garde quelque innocence. Dures extrémités où je me vois réduit!
Ce que je dois à l'un est par l'autre détruit, [zèle; Tous deux contre un ingrat m'ont fait voir même Mais si dans mon malheur l'un m'est encor fidèle, Mon cœur est sur ce choix contraint de balancer; Il a peur de punir s'il veut récompenser, Et n'ose à l'innocent se rendre favorable. De crainte en le cherchant de trouverle coupable. Qui que tu puisses être, ô coupable trop cher. Qui confondant ton crime, as l'art de te cacher, Dût l'erreur où je suis me devenir funeste, Laisse m'en la douceur, c'est tout ce qui me reste. Cette incertaine mort dont je suis menacé, Me plaît mieux que la tienne où je serais forcé ; Et je n'ai pointàcraindre un destin pluscontraire, Qu'être réduit à perdre une tête si chère; De tous ses coups pour moi c'est là le plus affreux. Pour couvrir le coupable offre-m'en toujours deux.
STILICON, ACTE ni, SCÈNE III.
Empêche Tinnocent de se faire connaître,
Et parais-le du moins, puisque tu ne peux Têtre.
STILICON
Ah! seigneur, dans l'horreur dont jeme sens frappé Pardonnez si mon trouble est si tard dissipé; Et si tant de bontés m'arrachent avec peine Le déplorable aveu qui m'acquiert votre haine. Je le nierais en vain, le crime est avéré, Euchérius ou moi nous avons conspiré.
Le malheur de Zenon en convainc l'un ou l'autre; Et quand son sang versé marque la soif du vôtre, Un scrupule douteux retient trop votre bras. Si le coupable l'est, le crime ne l'est pas. Il faut punir, seigneur, et, sans incertitude, Votre courroux m'en doit la peine la plus rude, Puisqu'armant contre moi sa plus fière rigueur, Vous êtes sûr d'en perdre, ou lacause, ou l'auteur. D'une ou d'autre façon ma mort est nécessaire, Je suis par moi coupable, ou le suis comme père. Qui, détournant de moi l'attentat entrepris, Ne puis être innocent des crimes de mon fils. C'est moi qui dans son cœur, lui donnant la nais- En dois avoir jeté l'effroyable semence, [sance. Enraciné l'instinct, et coulé dans son sang L'abominable ardeur de vous percer le flanc. Comme avecque la vie il l'a de moi reçue, De ce sang malheureux la source est corrompue; Et si rien jusqu'ici n'en semble être connu. C'est que de mes forfaits le temps n'est pas venu. Que ma mort au plus tôt, seigneur, vous en délivre, Ils pourraient éclater si vous me laissiez vivre; Et cédant au destin qui nous entraîne tous. Ma main peut-être, hélas ! attenterait sur vous. Ainsi, puisque ce sang me rend de tout capable. Vous pouvez sans erreur me traiter en coupable. Prononcez, et, par là, daignez me dérober Au péril des forfaits où je pourrais tomber.
HONORIUS
Qu'en vain en t'accusant ta tendresse de père Veut accroître une erreur qui me serait trop chère. Si dans ce qu'à mes yeux ta vertu vient offrir. Cent preuves de ta foi me la pouvaient souffrir! Qui s'est dans mon jeune âge empé<:hé d'entrepren- Ne me peut envier ce qu'il a su me rendre ; [dre, Et plus à ces clartés je tâche à résister. Moins leur cruel état me permet de douter. Je vois... Te le dirai-je, et ma juste colère...