GAMMA, ACTE I, SCÈNE IV
GAMMA
De quoi qu'elle m'accuse, Jl n'est pas temps encor que je Ja désabuse. Si la gloire en secret me pousse à me venger, Ce serait l'affaiblir que de la partager.
PHÉNICB.
Mais, Sostrate l'aimant, peut être que par elle Il vous serait aisé d'en corrompre le zèle. Dans ce que sur sa foi Sinorix prend d'appui, Sostrate pouvant tout, on ne peut rien sans lui ; Il faut vous l'acquérir, et l'amour qui le flatte Le peut seul obliger...
GAMMA
Tu connais mal Sostrate, 11 aime, il cherche à plaire, et toutefois, hélas! Son cœur contre un tyran craint d'avouer son bras.
PHÉNICB.
Vous le savez, madame?
GAMMA
Apprends par quelle adresse. Brûlant pour une reine, il feint pour la princesse. Et que mon ordre exprès, y contraignant sa foi, Lui fait cacher ainsi l'amour qu'il a pour moi. Sinorix qui l'engage à m'expliquer sa peine, Lui donnant lieu d'agir l'oiïre entier à ma haine ; Non qu'il m'ait avoué la noire trahison Qui contre Sinalus se servit de poison. Mais je reconnais trop, quelque soin qu'il emploie, Qu'en me niant ce crime il veut que je le croie. On pénètre aisément dans le cœur des amants.
PUEMCE.
Mais, madame, pour lui quels sont vos sentiments?
GAMMA
Te parler sans aigreur de l'ardeur qui le presse, Phénice, n'est-ce pas l'avouer ma faiblesse, Et que ce triste cœur de vengeance animé. N'a pu si bien haïr qu'il n'ait enfin aimé? Non que par une lâche et honteuse victoire L'amour à mon devoir puisse en ravir la gloire. Au souvenir affreux de la mort d'un époux Il me soumet soudain ses charmes les plus doux; Mais, à quelques transports que cette mort me livre. Il m'ôte, en le vengeant, le dessein de le suivre; Et me vantant Sostrate, il force mon ennui A chercher les moyens d'oser vivre pour lui. C'est par là que flatlé d'une douce espérance Mon cœur s'est fait enfin le prix de ma vengeance, Et que pour lui devoir un si précieux bien. Ce qu'aurait fait mon bras, je l'ai remis au sien. Cependant, et c'est là ce que je me reproche, Je le vois reculer quand ce grand coup approche. Il tremble; et son amour prêt à se déclarer. Toujours sur quelque obstacle aspire à différer. Mais, puisqu'à menacer le tyran s'autorise. Un péril si pressant ne veut plus de remise, II faut montrer ma haine, et que, si jusqu'ici La princesse abusée a cru... Mais la voici.