SCÈNE I ÉRDCÈNE, DÉMÉTRIUS, PHÉNICE
ÉRlXÉNB.
Quoi, jusqu'à m'arréter, étendre votre audace?
DÉMÉTRIUS
Madame, accordez-moi cette dernière grâce; Et si, sur le rapport qu'un imposteur a fait, Votre ressentiment juge de mon forfait, Songez qu'à pénétrer l'offense est si facile...
ÉRIXÉNE.
C'est faire à l'adoucir un effort inutile : Je vous l'ai déjà dit, je la néglige au point D'en voir toute l'injure, et ne m'en plaindre point La honte de mes vœux par ce calme effacée, Les abandonne entiers à l'hymen de Persée; Et sa foi que pour vous ils osaient dédaigner, M'assure, dès demain, la gloire de régner.
DÉMÉTRIUS
Enfin elle vous charme, et, dans le coup funeste Qui me doit arracher le seul bien qui me reste. Ce bien devient si faible à flatter mon amonr, Qu'il ne lui permet plus que l'espoir d'un seul jon Demain il m'est ôté, demain votre injustice M'abandonne à l'horreur du plus affreux supplie Et vous vous répondez d'assez de dureté Pour jouir sans remords de cette cruauté? Ah! Madame, est-ce ainsi que vous faites connaît Que la raison éteint le feu qu'elle fit naître.
PERSÉE ET DÉMÉTRroS, ACTE IV, SCÈNE III.
Et ce ccBor contre moi de vengeance animé, Me perd-il sans regret si vous m*avez aimé?
ÉRIXÈNE.
Quand j'afiTranchis ce cœur de sa fâche tendresse, Que ne puis-je avec vous douter de ma faiblesse, Ou, du moins, étouffer Todieux souvenir Duo amour que ma gloire aimait à soutenir ! Je ne rougirais point d'avoir été trop prompte A céder au penchant qui m'en cachait la honte, Il de n'avoir pu fuir l'indigne trahison ' Que mes sens subornés faisaient à ma raison. Cereproche est le seul qui me tienne alarmée, Si ma flamme s'éteint, elle fut allumée; ■£t,pour voir tout mon cœur de regret consumé, Cest assez de songer qu'il ait jamais aimé.
DÉMÊTRIUS.
lé bien, éteignez-la^ cette innocente flamme, loQt l'ardeur si longtemps sembla charmer votre le toute sa tendresse étouffez les appas, [âme, ïrdez-moi sans regret, mais ne vous perdez pas; H reculant l'hymen dont la gloire avancée b rigueurs de mon sort fait triompher Persée, lessez de lui promettre en un moment si doux, te qui peut-être encor ne sera pas à vous. likoeur pour aimer se fait une habitude fie «qu'en son estime il sent d'inquiétude, ^qae suite de temps qu'il faille à la former, (en faut beaucoup moins que pour cesser d*aimer. iD a beau sur ce cœur user de tyrannie, flamme tout d'un coup ne peut être bannie ; iKeffort violent qu'on fait pour l'amortir, lisse durer le mal qu'on croit ne plus sentir. le cette guérison le temps seul est le maître; ï si vos sens aigris vous le font mal connaître, h^yez-en un amant dont les tristes avis, but ingrat qu'on le croit, peuvent être suivis. ÎDosentez à vous voir entre les bras d'un autre, l&is faites .son bonheur sans renoncer au vôtre, liai donnant ce cœur dont je m'étais flatté eyez sûre du moins de me l'avoir ôté.
lendez-vous toutà vous avant qu'il vous obtienne.
ÉRIXÈNE.
qui touche votre âme étonne peu la mienne ; i»dieuxen prendront soin.
^ DÉUBTRIUS.
I Par toutce que pour vous
kempire de mon cœur eut jamais de plus doux, ■hr ce profond respect, par ce parfait hommage...
I ÉRIXBNEi
pince, c'est perdre temps qu'en parler davantage, f quelque espoir encor s'obslînc à vous flatter, Toici Persée, oyez s'il vous en doit rester.