‹ Théatre completChapitre 785 sur 1461 · SCÈNE III STRATOiNICE, ANTIOGHUS, PHÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE III STRATOiNICE, ANTIOGHUS, PHÉNICE

8TRAT0NICB.

Quoi, prince, c'est donc moi qui vous chasse d'ici?

ANTIOGHUS.

Si vous fuir blesse en vous l'honneur du diadème. On peut le pardonner à qui se fuit soi-même. Jugez si de mes maux je puis venir à bout, Je tâche de me perdre, et me trouve partout.

STRATONICB.

Si vous trouver partout est pour vous un supplice, Prince, résolvez- vous à vous rendre justice; Et, quoi que pour vos sens le chagrin ait d'appas, Vous vous consolerez de ne vous perdre pas.

ANTIOGHUS.

C'est par où ma raison redouble ses alarmes. L'habitude au chagrin y fait trouver des charmes ; Et j'appréhende bien de ne guérir jamais D'un mal où, malgré moi, je sens que je me plais.

STRATONICB.

Si vous vous y plaisez, vous êtes moins à plaindre Que ceux à qui pour vous sa rigueur donne à crain- II leur ôte un repos qu'il vous laisse acquérir, [dre;

ANTIOGHUS.

Hélas ! Est-ce être heureux que se plaireà souffrir? Un mal n'est-il plus mal s'il flatte en apparence, El, pour nous être cher, perd-il sa violence? Non, non, ses traits pour nous sont d'autant plus

[perçants.

Que, pour surprendre l'âme, il abuse les sens. Qu'à peine il nous fait prendre un chagrin volon-

[taire.

Qu'un astre impérieux nous le rend nécessaire. Et force un cœur séduit par cette trahison, Au refus du secours que prête la raison.

STRATONICB.

Du mal pour qui le cœur à la raisou s'oppose, Le charme est dans Teffet beaucoup moins qu'en

[la cause ; Et pour voir quel remède on y peut appliquer, Qui la connaît si bien la devrait expliquer.

ANTIOGHUS.

Triste, confus, rêveur, si ce mal peut me plaire. C'est sans savoir pourquoi la peine m'en est chère; Et quand un pareil trouble embarrasse l'esprit, Qui sait mal ce qu'il sent, sait bien peu ce qu'il dit.

STRATONICB.

Le roi trop vivement partage votre peine, Pour ne pas faire effort...

ANTIOGHUS.

C'est là ce qui me géoe.

Son déplaisir m'accable ; et, comme un noirdestin Par l'éclat de la cour redouble mon chagrin, Je crois pour quelque temps qu'il lui sera moios De souffrir ma retraite en quelque solitude, [rude, Voilà ce qu'aujourd'hui je lui fais demander; Pour tirer son aveu daignez me seconder. Madame, et par vos soins...

STRATONICE

Quoi, prince, dois-je croire Qu'en secret ce chagrin porte envie à ma gloire, Et que dans votre cœur un mouvement jaloai. Lorsqu'on m'appelle au trône...

ANTIOGHUS.

Ah ! Que me dites-vous t Qu'à l'ardeur de mes vœux le juste ciel réponde, Et vous êtes soudain la mal tresse du monde: Si le sceptre en est beau, quoi que vous présumiez, Qu'il le mette en mes mains, je le mets à vos pieds. Dans ce degré pompeux, loin que l'éclal m'en géoe, Je ne veux qu'adorer, voir, et servir ma reine, Elle seule en est digne; et pour mieux relever- Mais, dieux I

STRATONICB.

Vous avez lieu de ne pas achever, Elle trouble survouspeutprendre quelque empire» Quand la civilité vous engage à trop dire.

ANTIOGHUS.

Pourquoi de ce reproche affecter la rigueur? Ma bouche ne dit rien sans l'aveu de mon cœur; El ce brillant amas de vertus et de charmes... Madame, de mon mal le roi prend trop d'alarmeu Proposez ma retraite, et, de grâce, obtenez...

STRATONICB.

Prince, je monte au trêne, et vous m'abandoooezt Fuir d'en être témoin, est-ce chérir ma gloire?

ANTIOGHUS.

A.hl Si vousconnaissieztoutcequ'ilenfautcroire.,. Adieu, madame, adieu; dans le trouble où jesoisj Penser, fuir et me taire, est tout ce que je pi

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