ANTIOCHUS, ACTE I, SCÈNE V
STRATONIGE.
Ouoî, Phénice, tu crois qu'il me pourrait aimer?
PHÉNICB.
Je crains de dire trop ; mais, s'il faut ne rien taire, Jecrois qu'il le pourrait, et ne vous pas déplaire. De l'air dont tous parlez, c'est sans trop de cour-
STBATONICE. [rOUX...
Phéuice, qu'as-tu dit?
PHÉNICE
Mais, que me dites-vous?
STRATONIGE.
Qoe te peut dire une âme étoDuée, abattue, Qai, dans ce qu'elle doit, voit tout ce qui la tue, B qui, de son devoir redoublant les efforts, Plutôt que le trahir souffrira mille morts ? Oui, Séleucus, Phénice, aura ce qu'il espère, h reçu nia foi dans la cour de mon père, hr là je suis sa femme ; et mon malheur en vain il trembler ma constance à lui donner ma main. nd le bien de l'État conclut cet hyménée, >Qrquoi dès lors, hélas ! me fut-elle donnée I it-il, pour la pompe, en voir le jour remis? ikine laisser le temps de connaître son fils? .tandis que Séleucus de retour en Syrie, Iba^ aux apprêts d'un sort qui va m'ôter la vie, fbpriâce Antiochus chez mon père, à son tour, ïk japerbe appareil vient charmer notre cour.
£odani qu'en ces lieux il doive me conduire, repos à le voir commence à se détruire; kir galant, Tàme noble, un courage élevé. Rit ce qui marque enfln un héros achevé. H coarses, aux tournois, pour lui toute la gloire, b adresse partout sait traîner la victoire; tje sens, malgré moi» que sans cesse vainqueur, I emportant le prix, il emporte mon cœur.
PHENICB.
Iitiochus, sans doute, a tout ce qui doit plaire, lus déjà Totre main était due à son père ; llorsque Totre cœur se sentit enflammer...
STRATONIGE.
lâas I Sait-onqu'on aime en commençant d'aimer, kramour qui d*un coeur cherche à se rendre maître, ku qu'on peut résister se laisse-t-il connaître? kn, non, et mon malheur aujourd'hui me l'ap-
[prend, en se déguisant que l'amour nous surprend : Qt qu'aucun soupçon découvre sa naissance,
TAme qu'il attaque il prend intelligence; de son feu secret l'industrieux pouvoir oieri des partisans qui l'y font recevoir. tendre et doux penchant l'appât impercepdispose d'abord à se rendre sensible; [tible peu d'émotion qui marque ce qu'elle est, rend en vain suspect un trouble qui lui plaît; mérite parfait les images pressantes I peignent aussitôt ces douceurs innocentes; des sens éblouis parce charme trompeur, vertu qu'elle admire autorise Terreur; oomr qu'en ont séduit les flatteuses amorces,
Pour se vaincre en tout temps se répond de ses for- Sur l'offre du secours que lui fait la raison, [ces ; Il laisse agir sans crainte un si subtil poison, Il en aime l'appât, il le goûte, il lui cède. C'est assez qu'au besoin il en sait le remède ; Et, quand le mal accru presse d'y recourir. L'habitude est formée, on n'en peut plus guérir. C'est ainsi que d'abord mon imprudence extrême Me laissa consentir à me trahir moi-même ; Voyant Antiochus, je ne sais quoi de grand Exigea de mon cœur le tribut qu'il lui rend. Ce cœur trop plein pour lui d'une estime empressée, N'en crut ni mon devoir ni ma gloire blessée; J'admirais sans scrupule un prince si parfait. Je voulais estimer, et j'aimais en effet; El mon cœur de mes sens négligeant l'artifice. Pensait fuir une erreur dont il était complice.
PHÉNICE
Mais de ce triste amour quel peut être l'espoir?
STRATONICE
Phénice, encore un coup, je ferai mon devoir. Et, quoiqu'Antiochus trouve trop à me plaire. Ma main suivra ma foi, je suis toute à son père ; Mais, enfin, je voudrais pouvoir croire aujouni'hui Qu'il ressentit pour moi ce que je sens pour lui ; Que le même penchant dont la force m'entraîne, Par mon funeste hymen lui donnât même gêne ; Que tremblant d'un devoir où je ne puis manquer. Il voulût me le dire, et n'osât s'expliquer; Que sa fière douleur, par le respect contrainte, A ses confus soupirs abandonnât sa plainte, Et l'élouffât d'un air qui dans ces durs combats Me laissât deviner*ce qu'il ne dirait pas.