‹ Théatre completChapitre 806 sur 1461 · TRAT0NICK · texte numérisé non relu

TRAT0NICK

Qu'importe du succès à mon àme alarmée? Pour refuser d'aimer n'est-elle point aimée? Et, quoique sa fierté brave l'ordre du roi, En vois-je moins ailleurs ce que je crus à moi ?

PHÉNICE

L'amour d'Antiochus n'a pu trop vous surprendre; Mais, comme à son hymen vous ne pouviez préten-

C'est du moins quelque charme à votre esprit j&^ De le voir dans ses vœux aussi trompé que^m

STRATONICE

Que tu pénètres mal l'ennuilqui me surmonte Si le prince est trompé, Phénice, il l'est sans hoole Et n'a point à rougir de s'être répondu Du succès qu'à sa flamme il croyait être dû. n savait qu'à Tigrane Arsinoé fidèle Verrait avec chagrin qu'il soupirât pour elle; Et poursuivant un cœur pour un autre eoflamiBi Il aimait assuré de n'être point aimé.

Mais qui n'aurait point cru qu'une secrète flami M'avait abandonné l'empire de son àme?

De ses yeux interdits la confuse langueur Semblait de son destin m'expliquer la rigneor; A ses souhaits pour moi rien ne pouvait suffire Il parlait, s'égarait, et craignait de trop dire. S'il allait quelquefois jusques àm'admirer, Se taisant tout à coup je l'oyais soupirer; Et de son feu secret j'avais pour assurance Ses regards, ses soupirs, sa crainte et son sikD0 Cependant j'ai trop cru ce silence trompeur, Ah ! Si tu connaissais tout ce que souffre un csii Quand au gré de ses vœux se flattant d'être aine On croit ouïr son nom et qu'une autre estios PHÉNICK. [aéL

C'estsansdouteunchagrînqu'onnepeutcoitffé Mais de quoi peutse plaindre un amoursasscs^ Que perd-on en perdant ce qu'on n'a pa prèle

STRATONICB. [^

La gloire d'avoir pris ce qu'on avait cru prcedi Et de pouvoir du moins ne se point reprocher Qu'on ne méritait pas ce qu'on a su toucher. Outre quedansle rang où le ciel m'afait naître, Je rougissais d'un feu que je sentais s'accroître; Et, pour en consoler ma sévère fierté.

Je voulais m'excuser sur la fatalité. Voir le même ascendant par une égale amorce, Forcer Antiochus de même qu'il me force, Et pouvoir imputer mes vœux trop enflammés Au penchant invincible où nous étions formés. Mais, lorsqu'à mon destin le sien est si cootrair Il semble que sa flamme ait été volontaire, Et que mon cœur exprès, pour mendier Icsidï Se soit permis des vœux dont je n'attendabri* Peut-être, hélas! peut-êtreà m'cxpliquertroppn De ces vœuxindiscrets j'ai découvert la houle, [j J'ai pu lui donner lieu de s'en apercevoir, De voir toute mon âme, et c'est mon désespoii

PHéNIGE,

Sur ce scrupule en vain votre fierté s'alarme, Il aime Arsinoé, cet amour seul le cbarmc: Son cœur à cette idée entièrement rendu. Quoi que vous ayez dit, n'aura rien entendu; Et loin de voirpourlui que votre àme enflaounée.

STRATONICB.

Ah I Pour le remarquer que ne m'a-t-il aimée ? Et quand à s'enhardir mon feu lui donnait j<*

Page 1