LE FEINT ASTROLOGUE, ACTE III, SCÈNE I
D. LOUIS
Sachez que don Fernand vient de s'ouvrir à moi.
D. LOPE
Hé bien?
D. LOUIS
Et qu'il a fait ensuite en ma présence Des choses que j'avoue être hors de croyance; J'ai peine à m'en remettre.
D. LOPE
Achevez. Qu'a-t-il fait?
Je ne connus jamais un esprit si parfait. Dans un degré si haut il sait Tastrologie, Que je Taccuserais volontiers de magie.
11 a su de ma vie, et presque en un moment, Ce qu'on n'en peut savoir que par enchantement ; Et cela de ma main tirant des conjectures, Et puis sur du papier traçant quelques figures. Qui croirait à le voir si galant...
D. LOPE
N'est-ce pas Cet esprit enjoué, don Fernand Centellas; Dont on prise à l'envi les grâces nonpareilles ?
D. LOUIS
Oui, c'estlui dont je parle, etquifaitcesmerveilles : Certes, il faut qu'il ait un secret inconnu.
D. LOPR.
Je crois deux ou trois fois l'avoir entretenu ; Mais jeremarquais bien, non qu'il eût connaissance De cette merveilleuse et divine science, Mais du moins qu'il était homme de grand esprit.
D. LOUIS
Vous serez donc encor beaucoup plus interdit Si vousm'accompagnez un jour chez ce rare homme, Qui me doit faire voir une dame de Rome, Qui pendant que j'y fus me voulut quelque bien.
D. LOPE
Se peut-il qu'en elTet...
D. LOUIS
Ce n'est encor là rien ; Car pour vous dire au vrai toute mon aventure, Il a fait devant moi parler une peinture : C'est ce qui me confond au point que vous voyez.
D. LOPE
Vouscroirai-je? Est-il vrai ?
D. LOUIS
Si vous ne me croyez Vous avez de bons yeux, et les croirez peut-ôtre.
D. LOPE
Je vous en prie, ami, faites-le moi connaître. Il m'apprendra de qui don Juan est jaloux, Et par quelle raison...
D. LOUIS
J'ai su cela pour vous :
Il trompe Léonor et voit de nuit Lucrèce.
D. LOPE
Pour certain?
D. LOUIS
Pour certain.
D. LOPE
0 ciel, que d'allégresse !
D. LOUIS
Adieu. Mais prenez garde à ne parler de rien. On pourrait l'accuser d'être magicien.
{Bas en i*en allant.) En voici du moins un déjà mis dans le piège.
D. LOPE, seul.
En quel étonnement aujourd'hui me trouvé-je A peine puis-je encor rassembler mes esprits, Tant mes sens sont ensemble et confus et surpris. Don Fernand astrologue et don Juan parjure ! Selon mes vœux, amour, conduis cette aventure. J'imagine un moyen qui me peut rendre heureux, Et don Fernand l'inspire à mon cœur amoureux : Allons voir Léonor, vantons-lui sa science, Et de celui qu'elle aime examinons l'absence. Faisons naître en son cœur le désir de le voir Par l'efTet merveilleux de son divin pouvoir. Que si pour s'y résoudre elle est assez hardie, Elle apprendra de lui toute sa perfidie, Verra que c'est un fourbe, et qu'il est à Madrid ; Alors que ne peut point la honte et le dépit 1 Oui, de sa folle erreur étant désabusée. Son cœur sera sans doute une conquête aisée, Et je puis espérer, si je prends bien mon temps, De voir dans peu de jours tous mes désirs contents. Ne difTérons donc plus, et sans perdre courage. Allons, quoi qu'il en soit, commencer cet ouvrage.