‹ Théatre completChapitre 886 sur 1461 · LA TANTE, LÉANDRE · texte numérisé non relu

LA TANTE, LÉANDRE

LA TANTE, voyant que Léandre veut sortir, Léandre, me laisser pour une promenade?

LEANDRE

J'admirais du baron la plaisante boutade, Et voulais voir la fin de tout ce différend.

LA TANTE

Vous êtes bien secret.

LEANDRE

Moi!

LA TANTE

Cela vous surprend?

LEANDRE

J'écoute le reproche, et n'en sais point la cause.

LA TANTE

Hé, j'en avais déjà soupçonné quelque chose, Mais mon sexe...

LEANDRE

De quoi me voulez-vous parler?

LE BARON D'ALBIKRAC, ACTE IIl, SCÈNE VI.

LA TANTE

Un homme quand il veut sait bien dissimuler I Vous 06 m*aimez donc pas?

LÉANDRB.

Moi, madame?

LA TANTB.

Vous-même.

LBAKDRB.

S, sans en rien savoir, il se peut que Ton aime...

LA TANTE

loe TOUS êtes injuste I On me Tavaît bien dit fa'à feindre on n*eut jamais tant d'adresse et d*es- LÉANDRK. , [prit,

lais qni donc vous a fait ce rapport de ma flamme?

LA TANTK.

telui qui comme vous voit au fond de votre âme, ktre ami.

[ LliANDRB.

I Quoi, ces feux, ces amours prétendus,

pous les savez, d'Oronte?

Oui, de lui ; mais bien plus, Im'a dit qu'ayant su combien je lui suis chère, » prétendiez pour lui renoncer à me plaire, plutôt cent fois d'un désespoir jaloux...

LÉANDRE. '

ne. Dieu me damne, il se moque de vous, ro'j pensai jamais.

LA TANTE

Vous le voulez bien dire, aïs...

LÉANDRE

• Où donc en pourrait être le mot pour rire? ■ dis ce qu'il faut croire.

r LA TANTB.

• Â quoi bon affecter ft nier un amour dont je ne puis douter?

LEANDRE

Ibos le devez pourtant.

f LA TANTE.

I C'est vous trahir vous-même.

m ^ous obstinez point...

LKANDRE.

Enfin donc je vous aime?

LA TANTE

Dind d'Oronte aujourd'hui je n'aurais pas appris ibien d'amour pour moi vous vous sentez épris,

&U8 m'en avez tant dit ce matin même encore, i tant vu dans vos yeux que votre cœur m'adore,

Qe le mien de vos feux jamais ne doutera.

LÉANDRE

fai dit, vous avez vu tout ce qu'il vous plaira, lais je ne vous aimai cependant de ma vie.

LA TANTE

Vous ne m'aimez pas?

LÉANDRE

Non, et n'en ai point d'envie.

LA TANTE

le terme est un peu fier, et même injurieux ;

Mais j'en sais le motif et vous en aime mieux. Qui peut à son ami sacrifier sa flamme. S'il était marié, chérirait bien sa femme. Peut-on assez louer cet effort de vertu?

LÉANDRE

Mais je vous parle net.

LA TANTE

Vous vous êtes trop tu.

C'est d'où vient tout le mal , mais j'y vois du remède. Sans trop en murmurer, ce cher ami vous cède; Et même, s'il vous faut dire tout aujourd'hui, J'ai du penchant pourvous beaucoup plus que pour

LEANDRE. [lui.

Est-ce en dépit des gens que selon son envie...

Non , mais en dépit d'eux on prend soi n de leur vie ; Et soufTrir votre mort pouvant vous secourir...

LÉANDRE

Hé, faites-moi l'honneur de me laisser mourir.

LA TANTE

Si quelques jours encor votre amour se veut^re, Différons, j'y consens; mais, vous aurez beau faire, 11 faudra, malgré vous, enfin le déclarer.

LÉANDRE, bai.

Si quelque adroit détour ne m'aide à m'en tirer, Elle m'accablera. Madame, quand Oronte De mon amour pour vous vous a fait le beau conte, Ne lui parliez-vous point d'épouser?

LA TANTE

Dès demain.

S'il l'eôt pu consentir.

LÉANDRE

Vous l'offriez en vain.

Je ne m'étonne plus s'il a joué d'adresse.

LA TANTE

Serait-il marié?

LÉANDRE

Non pas, mais...

LA TANTE

Hé bien, qu'est-ce?

LÉANDRE

Ce serait le trahir que vous en dire plus.

De grâce.

LÉANDRE

Je ne puis m'expliquer là-dessus; Il romprait avec moi, s'il avait pu l'apprendre.

LA TANTE

Je n'en parlerai point.

LÉANDRE

Je crains trop...

LA TANTE

Non, Léandre, Croyez-moi.

LÉANDRE

Vous vouliez récompenser son feu?

La chose est impossible, il est votre neveu.

LA TANTE

Mon...

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