LA TANTE, LÉANDRE
LA TANTE, voyant que Léandre veut sortir, Léandre, me laisser pour une promenade?
LEANDRE
J'admirais du baron la plaisante boutade, Et voulais voir la fin de tout ce différend.
LA TANTE
Vous êtes bien secret.
LEANDRE
Moi!
LA TANTE
Cela vous surprend?
LEANDRE
J'écoute le reproche, et n'en sais point la cause.
LA TANTE
Hé, j'en avais déjà soupçonné quelque chose, Mais mon sexe...
LEANDRE
De quoi me voulez-vous parler?
LE BARON D'ALBIKRAC, ACTE IIl, SCÈNE VI.
LA TANTE
Un homme quand il veut sait bien dissimuler I Vous 06 m*aimez donc pas?
LÉANDRB.
Moi, madame?
LA TANTB.
Vous-même.
LBAKDRB.
S, sans en rien savoir, il se peut que Ton aime...
LA TANTE
loe TOUS êtes injuste I On me Tavaît bien dit fa'à feindre on n*eut jamais tant d'adresse et d*es- LÉANDRK. , [prit,
lais qni donc vous a fait ce rapport de ma flamme?
LA TANTK.
telui qui comme vous voit au fond de votre âme, ktre ami.
[ LliANDRB.
I Quoi, ces feux, ces amours prétendus,
pous les savez, d'Oronte?
Oui, de lui ; mais bien plus, Im'a dit qu'ayant su combien je lui suis chère, » prétendiez pour lui renoncer à me plaire, plutôt cent fois d'un désespoir jaloux...
LÉANDRE. '
ne. Dieu me damne, il se moque de vous, ro'j pensai jamais.
LA TANTE
Vous le voulez bien dire, aïs...
LÉANDRE
• Où donc en pourrait être le mot pour rire? ■ dis ce qu'il faut croire.
r LA TANTB.
• Â quoi bon affecter ft nier un amour dont je ne puis douter?
LEANDRE
Ibos le devez pourtant.
f LA TANTE.
I C'est vous trahir vous-même.
m ^ous obstinez point...
LKANDRE.
Enfin donc je vous aime?
LA TANTE
Dind d'Oronte aujourd'hui je n'aurais pas appris ibien d'amour pour moi vous vous sentez épris,
&U8 m'en avez tant dit ce matin même encore, i tant vu dans vos yeux que votre cœur m'adore,
Qe le mien de vos feux jamais ne doutera.
LÉANDRE
fai dit, vous avez vu tout ce qu'il vous plaira, lais je ne vous aimai cependant de ma vie.
LA TANTE
Vous ne m'aimez pas?
LÉANDRE
Non, et n'en ai point d'envie.
LA TANTE
le terme est un peu fier, et même injurieux ;
Mais j'en sais le motif et vous en aime mieux. Qui peut à son ami sacrifier sa flamme. S'il était marié, chérirait bien sa femme. Peut-on assez louer cet effort de vertu?
LÉANDRE
Mais je vous parle net.
LA TANTE
Vous vous êtes trop tu.
C'est d'où vient tout le mal , mais j'y vois du remède. Sans trop en murmurer, ce cher ami vous cède; Et même, s'il vous faut dire tout aujourd'hui, J'ai du penchant pourvous beaucoup plus que pour
LEANDRE. [lui.
Est-ce en dépit des gens que selon son envie...
Non , mais en dépit d'eux on prend soi n de leur vie ; Et soufTrir votre mort pouvant vous secourir...
LÉANDRE
Hé, faites-moi l'honneur de me laisser mourir.
LA TANTE
Si quelques jours encor votre amour se veut^re, Différons, j'y consens; mais, vous aurez beau faire, 11 faudra, malgré vous, enfin le déclarer.
LÉANDRE, bai.
Si quelque adroit détour ne m'aide à m'en tirer, Elle m'accablera. Madame, quand Oronte De mon amour pour vous vous a fait le beau conte, Ne lui parliez-vous point d'épouser?
LA TANTE
Dès demain.
S'il l'eôt pu consentir.
LÉANDRE
Vous l'offriez en vain.
Je ne m'étonne plus s'il a joué d'adresse.
LA TANTE
Serait-il marié?
LÉANDRE
Non pas, mais...
LA TANTE
Hé bien, qu'est-ce?
LÉANDRE
Ce serait le trahir que vous en dire plus.
De grâce.
LÉANDRE
Je ne puis m'expliquer là-dessus; Il romprait avec moi, s'il avait pu l'apprendre.
LA TANTE
Je n'en parlerai point.
LÉANDRE
Je crains trop...
LA TANTE
Non, Léandre, Croyez-moi.
LÉANDRE
Vous vouliez récompenser son feu?
La chose est impossible, il est votre neveu.
LA TANTE
Mon...