LA MORT D'ANNIBAL, ACTE H, SCÈNE I
Âttale qui se platt à vous rendre les armes,
De ces beaux yeux peut-être aurait bravé les char-
Si pour ce grand triomphe en secret emporté, [mes,
Ils se fussent servi de toute leur fierté;
Mais radoucissement qu'y mêlent vos disgrâces,
Fait briller...
éLISB.
Des douceurs sont pour lésâmes basses.
Seigneur, et mon orgueil s'en accommode mal ; De grâce, traitez mieux la fille d'Annibal. Mes yeux ont démenti la fierté de mou âme, S'ils la font soupçonner de quelque lâche flamme ; Âttale sort d'un sang qui peut prétendre à moi. Mais il fut dans vos fers avant que|d'êtrc roi; Et Téclat de ce trône où je le vois qui monte. N'a pas encore assez effacé cette honte.
PRUSIÂS.
Ah, que cette fierté paraît digne de vous! J'en conçois pour mon fils un augure bien doux; Pour vos charmants appas, vous savez qu'il soupire. Ses respects ont cent fois pris soin de vous le dire, Il n'aime qu'à vous plaire; à des feux si soumis. Madame, expliquez- vous; quel espoir est permis?
KLISK.
Quoi, vous croyez qu'Élise ait l'âme assez ingrate Pour pouvoir consentir que cet amour la flatte. Et que pour prix des soins qu'en eut votre pitié, Son hymen des Romains vous coûte l'amilié? Si déjà sur l'appui que trouve ici mon père. Nous voyons dans leur plainte éclater leur colère. Que n'essuieriez-vous point de leurs chagrins jaloux Si des aœuds plus étroits nous unissaient à vous? Fuyez, fuyez les maux qui suivent nos personnes. Ces dignes conquérants sont maîtres des cou-
[ronnes ; Et, quoi que vous nt croire un dépit généreux. Pour régner sûrement, il faut régner par eux.
PRUSIAS
De ma fidélité Rome a trop d'assurance Pour me laisser longtemps craindre sa défiance ; Et, sur cette union, quel qu'en soit le danger. S'il nous faut son aveu, je puis le ménager. Pourvu que de mon fils vous approuviez la flamme; Que ses vœux...
ÉLISE
Connaissez, seigneur, toute mon âme.
Le prince a des vertus qu'on ne peut égaler; Mais, quelque feu pour lui dont je puisse brûler. Je le dédaignerais si d'une ardeur ouverte Des Romains que j'abhorre il ne jurait la perte; De ma haine pour eux mon amour prend la loi. Et c'est la seule dot que j'apporte avec moi. Ainsi, point de mari capable de me plaire. Qui ne venge Cartilage, et l'exil de mon père. L'univers affranchi de ces cruels tyrans Est tout ce qui me flatte ; à ce prix je me rends. Adieu, seigneur.