LA MORT D'ANNIBAL, ACTE UI, SCÈNE III
Me fasse démentir les droits de ma naissance; De l'éclat de mon rang ce cœur vraiment jaloux, S'il doit prendre des lois, n'en prendra que de vous, Sur lui, sur ses désirs, il vous fait souveraine, C'est un roi fier, hautain, dont vous êtes la reine; Mais, lorsqu'à votre empire il se rend si soumis, De grâce, quel espoir lui laissez-vous permis? Croira-t-il qu'une ardeur et si tendre et si forte Touche assez vos désirs...
ÉLISE
Seigneur, que vous importe?
Si jamais vous avez le nom de mon époux. Je connais mon devoir, et c'est assez pour vous. Sans égard à l'amour, de pareils hyménées Ne font que décider des grandes destinées; Et quand on voit par où bien remplir ce qu'on est, Aimer ou n'aimer pas est un faible intérêt. Il faut se mettre au rang des âmes trop communes Pour laisser à l'amour balancer les fortunes; Et les charmes secrets qui suivent ses langueurs, Sont des abaissements indignes des grands cœurs. Le mienles connaît peu : qu'Annibal vous choisisse, Que de ma main pour vous il fasse un sacrifice, Ce cœur fera soudain vanité d'obéir.
Mais bien moins pour aimer qu'afin de mieux haïr. C'est le seul intérêt où ma gloire m'engage. Voir un roi craindre Rome irrite mon courage. Et répoux me plaira dont l'intrépidité M'offrira les moyens d'en braver la fierté.
ATTALE
Ah! Que plutôt sur moi le sort le plus funeste...
ÉLISB.
J'aperçois Annibal, vous lui direz le reste.