LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE II, SCÈNE III
ANSELME
Chacun le croit.
LE MARQUIS
Est-il de rue, ou de ruelle?
ANSELME
Qu'appelez-vous, de rue?
LE MARQUIS
Un esprit trop bourgeois, Un esprit badinant, de ces filles sans poids, Qui, pour toute réponse à ce qu'on leur peut dire, N'ont qu'un « vous vous moquez, » et se mettent à ANSELME. [rire.
Ma fille, en discourant, pourra vous étonner, Sur quoi qu'on lui propose elle sait raisonner, Jamais de bagatelle, ou c'est la faire taire.
LE MARQUIS
Et vous l'auriez donnée à mon drille de frère! Quel dommage! A demain je verrai ce que c'est. Et de la noce ensuite on résoudra l'apprêt. Les clauses du contrat déjà sont arrêtées.
ANSELME
U suffit qu'entre nous elles soient concertées. Et qu'un dédit signé qui vous répond de moi. Quoi qui puisse arriver m'engage votre foi. Du reste, un peu de temps est assez nécessaire A qui tout à la fois a deux noces à faire.
Deux noces?
ANSELME
D'une nièce on m'a fait le tuteur.
Pour l'épouser, Oronte attend ici sa sœur. Demain elle y doit être.
LE MARQUIS
Il diffère pour elle?
ANSELME
On lui doit cet honneur.
LE MARQUIS
Et cette sœur s'appelle?
ANSELME
La comtesse d'Orgueil.
LE MARQUIS
La comtesse! Ma foi...
ANSELME
Quoi, vous la connaissez?
LE MARQUIS
Ah! Si je la connais?
C'est une jeune veuve, aimable, alerte, drue.
ANSELME
On le dit; car pour moi je ne l'ai jamais vue.
LE MARQUIS
Nous la gouvernerons. Elle est riche?
Et très fort Uq vieillard a tout fait pour elle avant sa mort. Comme sur ses vieux ans il l'avait épousée. Avec lui sa fortune à faire fut aisée. Son revenu, du moins, monte à dix mille écus.
LE MARQUIS
Dix mille écus de rente !
ANSELME
Et peut-être encor plus.
LE MARQUIS
On fait florès à moins. Peste, quelle commère!
ANSELME
Un duc aussi, dit-on, cherche fort à lui plaire.
LE MARQUIS
Un duc?
ANSELME
Oui, qui voudrait...
LE MARQUIS
Je crois qu'il voudrait,mais...
ANSELME
Elle en est peu touchée.
LE MARQUIS
u ne l'aura jamais.
Le temps...
LE MARQUIS
Hé, je sais trop où lui tient l'enclouure.