‹ Théatre completChapitre 99 sur 1461 · SCÈNE V D. FERNAND, D. LOUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE V D. FERNAND, D. LOUIS

D. PERNAND.

En quelle extrémité me vois-je ici réduit!

D. LOUIS

Mais c'est par votre aveu que j'ai semé ce bruit.

D. FERNAND

Oui, de l'astrologie, et non pas d'autre chose : Cependant de l'enfer on croit que je dispose. Peu s'en faut qu'en la rue on ne me montre au doigt.

Un mensonge toujours en moins de rien s'accroît. On y change, et chacun le débite à sa mode. Mais qu'a pour vous encor ce bel art d'incommode? De quoi vous plaignez-vous?

D. PERNAND.

De voir petits et grands Me venir proposer cent doutes différents; Je ne me vis jamais en pareil exercice; Et, comme je réponds seulement par caprice, J'aurai bientôt acquis le renom d'imposteur.

D. LOUIS

Le meilleur astrologue est le plus grand menteur: Et c'est toujours beaucoup que parce tour d'adresse Vous vous soyez vengé des mépris de Lucrèce. Votre rival vous craint, vous troublez ses plaisirs, Et tout semble d'accord avecque vos désirs.

D. PERNAND.

Croyez que sans regret je lui cède la place. Je ne travaille point à causer sa disgrâce; Et mon amour éteint, il m'importe fort peu Que Lucrèce aujourd'hui récompense son feu.

D. LOUIS

Que n'avouiez-vous donc le tout avec franchise, Sans vous faire astrologue?

D. PERNAND.

Admirez ma sottise; Car, à dire le vrai, je ne me comprends pas. De m'être mis moi-môme en un tel embarras, Sans que la pièce ait eu cause plus importante Que la crainte de voir chasser une servante. J'avais bien pour ce coup la cervelle à l'envers!

Cessez d'en murmurer, puisque je vous y sers. J'ai part à l'imposture, etj'y prends pour mon comp- En l'osant divulguer, la moitié de la honte, [te, Mais y peut-on trouver rien indigne de nous?

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