ACTE 1, SCENE VI. at
pas; mais avec toi c’est sans conséquence, el je puis te l’accorder.
VALÉRIE, avec satisfaction.
Tant mieux. — J'ignore pourquoi, mais ce que tu
me dis là me fait plaisir. Er bien donc, continue. CAROLINE.
Il est même déja question de mariage. Je n’en serais pas éloignée! Moi, je ne m'en cache pas, j'ai un faible pour la richesse, peut-être parce que tout le monde en médit, et que ma générosité naturelle me porte à me ranger du parti des opprimés. Enfin je laime d’inclination, non pour elle-même, mais pour la considération, et surtout pour les envieux qu’eile procure. — Je ne peux pas souffrir qu’on me plaigne; et quand j'entends dire tous les jours avec une pitié maligne : Cette pauvre madame Blumfeld, se trouver sans protecteur, sans fortune , quel dommage! Quand j'y pense, je deviendrais millionnaire... ne fût-ce que par dépit !
VALÉRIE
Et c’est pour de pareils motifs que tu veux vendre ton bonheur ?
CAROLINE
Non; mais je veux assurer le tien. Si j'épousele comte de Halzhbourg, Valérie, nul évènement ne pourra plus nous séparer; rien au monde ne m’empêchera de passer ma vie avec toi. Tu vois donc bien que, quoi qu'il arrive, je suis certaine d’être heureuse.
| VALÉRIE
Chère Caroline, combien je te remercie ! Mais tu
es dans l'erreur, et ce serait au contraire si tu épousais le comte de Halzbourg qu'il faudrait nous quitter à l’instant même.
CAROLINE
Et pourquoi donc ?
VALÉRIE
Si je m'étais chargée de défendre un ami, un ami qui t'aime réellement, serait-il convenable que je devinsse la première cause de son malheur ?
CAROLINE
Eh mon Dieu? quelle est donc la personne à qui
tu t'intéresses si vivement? J'y suis : le colonel Sal-
dorf ?
VALÉRIE
Du tout.
CAROLINE
L’'intendant Kelmann?
VALÉRIE
Encore moins. Faut-il que ce soit moi qui te l’ap-
prenne?
CAROLINE
Ecoute donc, je vois tant de monde!
VALÉRIE
Je suis donc bien heureuse de n’y pas voir, cat j'ai découvert sur-le-champ le seul de tous ceux-là qui l'aimât sincèrement ; et quel autre serait-ce que le bon, l’aimable Henri Milner?
Ah!le pauvre jeune homme! C’est justement lui
que j'ai pris pour confident, et à qui tout à l'heure
ACTE I, SCÈNE VL. 23 encore j'ai demandé conseil; j'ai toujours eu tant d'amitié pour lui!
VALÉRIE
Il t'en aurait bien dispensée dans ce moment-là.
CAROLINE
Comment deviner qu’il n’aimait? Il ne m’en parlait jamais, ne me flattait pas, me grondait toujours. C'était moins un ami qu’un gouverneur sévère.
| VALÉRIE
Oui, c'est cela; un maître, un guide, un ami; moi, je l'aurais reconnu! Voilà celui qu'il t'est permis d'aimer et d'épouser. C’est auprès de vous que je serais heureuse de passer mes jours. Qu’ai-je besoin d’opulence, de trésors, de riches parures? Pour moi, c’est inutile. Ce qu’il me faut, c’est ton amitié, c’est la sienne. J'ai besoin d’être entourée de gens heureux qui veuillent bien m’admettre dans leur bonheur ; ce partage-là n'appauvrit pas. Et si tu savais comme il t'aime! si tu avais été témoin de sa tristesse, de son désespoir !
CAROLINE
Comment, il se pourrait!
VALÉRIE
Tu ne t’aperçois donc de rien ? Moi, je ne pouvais le voir; (luiprenantlamain) Mais sans qu'il parlât, je l’entendais ; je sentais sa main trembler dans la mienne. O ciel! comme toi dans ce moment; tu es émue, agitée. Oh! que j'ai bien fait de lui promeltre!... N'est-ce pas, Caroline, tu laimes, tu vas
24 VALÉRIE
te rendre, et je cours lui dire que j'ai gagné sa
cause?
CAROLINE , la retenant.
Mais un instant. (A part.) Avec elle, c’est terrible, on se croit en sûreté, et l’on se laisse surprendre. (Hau.) J'avoue qu’un tel hommage a droit de me flatter. Peut-être me fait-il découvrir en mon cœur des sentimens que j'étais loin d'y soupconner ; et je crois qu’un jour...
VALÉRIE
Cela ne me suffit pas. Il faut aimer, et sur-lechamp.
CAROLINE
Eh mais, cousine, un instant. Je l’aimerais d’abord que je n’en conviendrais pas, et... (S'arrétant) Quel est
ce bruit ?
VALERIE, écoutant.
C’est une voiture. Elle entre dans la cour.
CAROLINE, regardant par la fenêtre.
Oh! le magnifique équipage! Quels beaux chevaux! Quelle livrée élégante! Eh mais vraiment, c’est un landau !
Un landau ?
GAROLINE , regardant toujours.
Oui. Ah ! que je te plains!