SCÈNE XI
à te parier. Tu vas dire à Thomasseau de nous mettre ici des carafes , d'en mettre six sur la table. NANETTE.
Des carafes ! y pensez-vous! jamais ces messieurs n'en laissent paraître, et Thomasseau ne voudrait pas...
SAINT-EUGÈNE
Et pourquoi?
NANETTE
Parce que les marchands de vin ne fournissent jamais l’eau séparément.
Oui, mais tu lui diras de remplir celles-ci avec du vin blanc clair et limpide; que ce soit à s’y méprendre.
NANETTE
C’est différent : avec du Chäblis; c’est ce qui res-
semble le plus à l’eau d’Arcueil. Je vais lui dire. SAINT-EUGÈNE.
Écoute encore : ce n’est pas tout. Veux-tu être mariée ?
NANETTE
Est-ce que ça se demande ? et quoique Thomasseau soit jaloux, si je pouvais l’épouser dès demain, je serais prête dès aujourd'hui; mais, pour cela, il nous manque.
SAINT-EUGÈNE
Une dot.
NANETTE
Pas autre chose. Si j'avais seulement mille écus,
Thomasseau prétend qu'avec cela il trouverait soixante mille francs de crédit, et qu’il n’en faudrait pas davantage pour établir un joli petit café dans un faubourg.
SAINT-EUGÈNE
Axa: J'ai vu le Parnasse des dames.
Eh bien! parlons avec franchise; Tous ces rêves si séduisans , Si tu veux, je les réalise.
NANETTE , étonnée.
Comment, à moi, trois mille francs !
SAINT-EUGÈNE
Oui ; de toi dépend cette affaire.
NANETTE
Vous croyez que je les aurai ?
SAINT-EUGÈNE
Oh! tu peux y compter ma chère; Ce n’est pas moi qui les paierai.
NANETTE
À la bonne heure.
SAINT-EUGÈNE
Mais il s’agit, pour cela, de nous rendre un grand service.
NANETTE
Qu'est-ce que c’est ?
SAINT-EUGÈNE
Tu as vu cet étranger qui est là-dedans avec Frédéric ?
NANETTE
Ce nouveau locataire, que je n’aime pas du tout ?