SCÈNE XXIV
LES PRÉCEDENS; SIMON, THOMASSEAU.
NANETTE
SIMON
Son nom, son nom; parbleu! c’est M. Canivet.
CANIVET , se cachant la tête dans ses mains.
Plus d'espoir.
FRÉDERIC, étonné.
Mon beau-père | SAINT-EUGENE.
Oui, jeune homme, votre beau-père, ce respectable administrateur de Nantes, qui, pour vous éprouver, pour vous donnerune lecon, n’a pas craint de descendre lui-même à un pareil déguisement, et de paraître partager des excès dont il voulait vous faire rougir.
FRÉDÉRIC
Comment, c'était une épreuve ?
SAINT-EUGENE
Oui, monsieur, et c’est moi qui étais son complice, Saint-Eugène, qui viens d’être nommé à la dernière place vacante dans l'administration paternelle qu’il régit avec tant de talent.
CANIVET , bas à Saint-Eugène.
Quoi ! vous seriez ?...
SAINT-EUGÈNE
Silence.
FRÉDÉRIC , à Saint-Eugène.
Ainsi tu nous avais trahis.
SAINT-EUGÈNE
Momentanément , pour passer du côté de la morale. SIMON.
Et moi qui ai été dupe d’une pareille ruse ! qui ai pu croire un instant que c'était sérieusement; je ne sais plus où j'en suis.
FRÉDÉRIC , à Canivet
Ah ! monsieur, comment désarmer votre colère ? comment vous persuader de mon repentir ? et qui pourrait désormais vous parler en ma faveur ?
SAINT-EUGÈNE
Moi qui réclame pour un ami l’indulgence d’un beau-père 1irrité. (A Frédérie.) Vous avez été bien coupable, jeune homme; mais monsieur, sait, par bonheur, qu'aucun de nous n’est infaillible.
CANIVET , avec un soupir.
C’est vrai.
SAINT-EUGÈNE , à Frédéric.
Et si vous promettiez de suivre notre exemple, de ne plus retomber dans de pareils excès.
FRÉDÉRIC
Je le jure.
SAINT-EUGÈNE , à Frédéric.
Cela lui suffit. Votre beau-père vous pardonne. CANIVET.
Que dites-vous ?
! SAINT-EUGÈNE , à Canivet.
Oui, monsieur, vous ne vous refuserez pas à mes
SCENE XXIV. 4ot prières. Si j'ai pu vous servir, tout ce que je vous demande, c'est le bonheur d’un ami, c’est que vous fassiez pour Frédéric (A âemi-voix) Ce que je viens de faire pour vous-même. C’est de la bonne morale, ou je ne m'y connais pas.
CANIVET
Il a raison.
SAINT-EUGÈNE
Et quant à l'argent du jeu, cet argent que nous avons gagné de moitié, nous en ferons un bon usage ; car nous le destinons à doter l’innocence. Tiens,
Nanette.
NANETTE,, à part.
Je puis dire que celui-là n’est pas volé.
CANIVET
Demain, mon gendre, nous partirons pour Nantes ; l'air de Paris est trop dangereux pour les principes. SAINT-EUGÈNE.
Oui, nous partirons tous trois, et nous marcherons de compagnie dans la bonne route, à moins que les circonstances. car, en fait de morale, on en parle tant qu’on veut, mais on la met en action quand on peut.